Le numéro 662 de la Nouvelle Revue Française (septembre 2025) adopte comme fil directeur le thème des correspondances, sous le titre évocateur : « Correspondances : le temps retrouvé ?». La revue y propose une réflexion collective et actuelle sur la lettre littéraire, réelle ou imaginaire, revisitant les enjeux du genre épistolaire à l’ère contemporaine.

Présentation du numéro

Portée par un éditorial d’Olivia Gesbert, cette livraison réunit écrivains confirmés et nouvelles voix autour de la pratique de la lettre : lettres inédites, correspondances croisées, lettres adressées à des figures réelles ou fictives, explorant les frontières entre confession, transmission et construction littéraire. Le numéro s’ouvre sur de riches contributions : Pascal Fouché analyse une « mauvaise affaire » entre Marcel Proust et l’éditeur Calmann-Lévy ; Alban Cerisier dévoile la correspondance entre Jacques Rivière et Proust. Des textes de Nathacha Appanah, Mohamed El Khatib, Hélène Dorion, Akira Mizubayashi, Philippe Manevy et Étienne Kern, Guéorgui Gospodinov, entre autres, proposent des lettres tantôt adressées à un parent, à un ami disparu, à un double fictif, ou à des figures marquantes du monde littéraire contemporain.

Analyse : la correspondance, miroir de soi et du temps

La partie « Correspondances » de ce numéro marque un retour réfléchi à l’art épistolaire. Elle convoque la lettre non seulement comme mémoire et témoin du temps mais aussi comme expérience de la durée dans un monde accéléré. Les auteurs interrogent la capacité de la lettre à créer du lien, à dire l’indicible, à bâtir une intimité authentique entre vivants comme entre morts – de la « Lettre au père » de Mohamed El Khatib à la « Lettre à Blanche DuBois » de Joffrine Donnadieu ou les « Lettres à Marie-Claire Blais » d’Hélène Dorion. Cette polyphonie épistolaire révèle la dimension existentielle du genre : entre la restitution du passé (notamment à travers Proust, où la lettre redevient « le temps retrouvé »), l’affirmation d’une subjectivité contemporaine, et la célébration du temps long de l’écriture papier, à rebours de l’instantanéité numérique.

Le numéro 662 offre ainsi un panorama renouvelé de la correspondance : entendu à la fois comme laboratoire d’écriture, geste de résistance au temps qui passe, et instrument essentiel de la mémoire littéraire. Il confirme l’ambition de la NRF : penser la littérature non comme simple miroir du monde, mais comme acte créateur, espace de rencontre, et, ici, refuge d’une humanité retrouvée par la lettre.

 

Retour à l'accueil