Les Mots est une autobiographie publiée par Jean-Paul Sartre en 1964, qui connaît un succès  immédiat. L'œuvre couvre son enfance entre 4 et 11 ans environ, division en deux parties symétriques : « Lire » et « Écrire ». Cette structure reflète la genèse de sa vocation littéraire et illustre comment l'enfant découvre puis s'approprie les mots.

Illustration : Jean-Paul Sartre, enfant Sartre, Jean-Paul philosophe et écrivain français, Paris 21.6.1905 – id. 15.4.1980. Sartre, enfant. V. 1910.

Sartre, patronyme de Poulou, grandit orphelin de père chez son grand-père maternel Charles Schweitzer. Il décrit une existence théâtrale où chacun joue un rôle : lui-même incarne l'enfant sage, sa mère Anne-Marie est sa complice adorée, et le grand-père patriarche règne sur ce monde artificiel. Cette éducation bourgeoise le programme pour devenir un « homme des mots ».

L'œuvre explore plusieurs thèmes majeurs. D'abord, la solitude existante : exclu des jeux d'enfants au Luxembourg, complexé par sa laideur physique, Poulou se sent « transparent » et s'interroge sur ce qu'il est « venu foutre sur terre ». Suite, le refuge dans l'imaginaire : fasciné par la bibliothèque de son grand-père, il dévore livres et dictionnaires, découvre le cinéma muet, et se réfugie dans des rêveries 

Les Mots constitue bien plus qu'un simple récit d'enfance. Sartre entreprend une « démystification de l'écriture » en réglant ses comptes avec l'enfant roi que sa famille avait fabriqué. Le titre initial envisagé, Jean sans terre, révèle cette quête identique d'un « fils d'un mort » cherchant sa légitimité. L'autobiographie déviant ainsi un acte existentialiste ou l'auteur, à 58 ans, analyse rétrospectivement comment son essence s'est construite par ses choix et son environnement. L'œuvre établit le lien entre son éducation bourgeoise décadente et l'élaboration de sa philosophie existentialiste.

 

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