“L’intime” du journal. Pour ne pas avoir à parler de soi, on parle souvent des autres
21 juin 2025/image%2F7030078%2F20250621%2Fob_387756_capture-d-e-cran-2013-05-25-a-22.png)
Un petit mot, aujourd’hui, des journaux personnels qui composent une partie de mon corpus. Ce sont principalement des journaux de jeunes filles. En relisant la première entrée de l’un de ces cahiers récemment, j’ai été frappée par l’absence de la notion “d”intimité”. Nous avons l’habitude de considérer ces écrits comme des papiers personnels, des journaux “intimes”. Or, d’autres en ont fait le constat avant moi [1] , il faudrait définir la notion “d’intime” avant d’appliquer ce qualificatif aux journaux de jeunes femmes.
“Faire son journal”, pour reprendre les termes des diaristes, est rarement une démarche individuelle: on se décide à prendre la plume pour imiter ses amies, pour pouvoir parler de son propre journal dans les conversations. Les journaux circulent même souvent au sein du cercle des amies. Alors que nous avons tendance à y projeter un acte personnel guidé par un désir d’exploration de soi, tenir un journal personnel (et non “intime”, comme l’a souligné Philippe Lejeune), c’est parfois obéir à des injonctions. Il s’intègre par exemple dans l’examen de conscience journalier, dans une logique religieuse: il aide à préparer la confession. Il peut être lu par le confesseur ou par la mère, voire par la soeur de la diariste. c’est un outil de contrôle de soi, par le biais du regard réflexif qu’il oblige à tenir sur son comportement, ou par le regard éventuel de l’autre. Cela pèse sur l’écriture.
[1] Voir Lejeune, Bogaert, Un journal à soi : histoire d’une pratique, Paris, Textuel, 2003.
Voir plus : https://consciences.hypotheses.org/351