Par Christian Bank Pedersen. Article de la  revue  Études Germaniques 2007/3 n° 247. Pages 615 à 627. 

Le Journal d’un sacristain de campagne de l’écrivain et pasteur danois Steen Steensen Blicher parut originalement en février 1824 dans le magazine Fruits de la lecture récoltés sur le champ de la littérature, intitulé aussi bucolique que l’univers du récit de Blicher est désespéré. Pour son auteur, alors âgé de quarante-deux ans, l’ouvrage signifia l’accomplissement de la première œuvre en prose littéraire dans une vie d’écrivain jusque-là dominée par la traduction, l’écriture poétique et celle de textes variés sur l’économie rurale, vie d’ailleurs longtemps marquée par une grande précarité sociale qui menaça Blicher jusqu’à sa mort en 1848.

Dans la littérature danoise, ce Journal, écrit par un auteur évoluant en marge de la vie intellectuelle et artistique de son temps, représente l’un des premiers textes modernes en prose réaliste, sous forme d’un écrit intime fictif, prétendument rédigé entre janvier 1708 et mai 1753 par Morten Vinge, homme d’origine pauvre et paysanne. La vie de ce narrateur semble se réduire à une longue suite de calamités, interrompue par de brefs sursauts de bonheur, le plus souvent fondés sur des malentendus ou des erreurs d’appréciation : d’abord ambitieux et confiant, espérant une ascension sociale et individuelle par le seul moyen de ses capacités selon la Bildung classique, Morten Vinge met fin à ses notes dans un retrait spirituel et physique, marqué par le piétisme alors en pleine ascension. À la fin de sa vie, il est frappé par une profonde désillusion, le manque d’intérêt de son ambition et de sa confiance, de son espoir et de ses capacités. Mais ce manque d’intérêt est ambigu : le refus du monde s’écrit ici, comme presque toujours, avec un génitif équivoque.

Voir plus : https://shs.cairn.info/revue-etudes-germaniques-2007-3-page-615?lang=fr

 

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