Les écrits de Bernard Réquichot — journal, lettres, textes épars, Faustus, poèmes — forment un ensemble littéraire rare qui révèle une pensée intensément créatrice, traversée de tensions, de ruptures, et d’expérimentations formelles.​

Fusion de l’écriture et de la peinture

Chez Réquichot, écriture et peinture sont indissociables : leur intimité dépasse la fonction usuelle du langage ou du trait pictural, cherchant à exprimer la “phrase intérieure”. L'écriture devient parfois illisible, comme certaines lettres écrites peu avant sa mort, où le texte se fait trace, rythme et mouvement, esquivant tout sens figé. Cette volonté de déstabiliser le message et de jouer avec la lisibilité se traduit par des “écritures illisibles”, où la langue se dissout en formes et gestes.​

Journal et correspondance : une traversée existentielle

Le journal et les lettres mettent en scène la quête de ce qui manque, l’idée d’une traversée “de l’oubli à l’oubli”, où chaque instant, chaque sensation, chaque souvenir est inscrit comme une variation psychique sur un support mouvant. Réquichot guette, dans le champ de la vie ordinaire, le surgissement du détail anodin — galet, arbre, rythme de la marche —, qu’il transforme en événement de pensée et d’écriture. Les lettres, également étudiées comme objets plastiques et non uniquement porteurs de message, interrogent, par la matérialité du signe, la frontière entre l’art et le langage.​

Faustus, textes épars et poèmes : briser le sens

Les textes intitulés “Faustus”, ainsi que les poèmes, relèvent d’une démarche de rupture avec les normes linguistiques. Réquichot y invente des langages — du jargon à la glossolalie — pour “briser le sens”, détruisant l’enfermement sémantique et cherchant une langue nouvelle, immédiate et physique. Nombre de ses textes débutent sur une énonciation primitive : “Au commencement, les mots n’étaient que des bruits, sonorités dénuées de sens”. L’écriture devient expérience, acte de libération, souvent fulgurant, où la forme supplante le contenu, la mémoire s’efface dans le geste.​

Tension, spirale et palimpseste

Les écrits de Réquichot sont traversés par des “directions antagonistes” : lyrique et grotesque, satirique et fantastique se mêlent, interdisant toute classification réductrice. La spirale, motif récurrent, condense cette itinéraire : elle figure la biographie de l’artiste, le mouvement infini du dessous et du dessus, le jeu du palimpseste dans lequel toute écriture rejoint la mémoire, puis s’y dissout.​

Réception et singularité

La publication posthume de ces écrits souligne leur caractère fragmentaire, inachevé, et la solitude farouche qui les anime, proche d’une pensée individualiste telle que celle de Stirner. Ils ouvrent une réflexion radicale sur l’art comme acte créateur avant tout, sur l’engagement nécessaire de celui qui écrit ou peint pour surmonter la souffrance et le désarroi face au monde.​

En somme, Réquichot propose une redéfinition du littéraire et du poétique, où le sens n’est plus central, mais subverti, perdu, exploré, et où le texte devient à son tour une peinture de l’invisible, une trace de l’irréductible.​

 

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