Les carnets secrets de Li Yu. Un art du bonheur en Chine
11 avr. 2025Jacques Dars, Les carnets secrets de Li Yu. Un art du bonheur en Chine, 2003. compte-rendu de Pierre Kaser dans Études chinoises. 漢學研究 Année 2004 23 pp. 532-540.

Le premier contact que l'on a avec cet ouvrage est aussi enthousiasmant que déroutant. L'enthousiasme d'abord car sa présentation séduit immédia¬ tement la main -avec un beau volume (20,5 x 26 x 3 cm) de 900 g de beau papier agréable au toucher -, et l'œil -avec sur la jaquette un détail d'une belle peinture d'un des Quatre grands maîtres des Ming, Qiu Ying (1494 ?-1552 ?) : un lettré en plein exercice de l'art du farniente, dignement allon¬ gé sur une peau de tigre sous une tonnelle de bambous avec pour compa¬ gnie une grue. On retrouve une autre vue du même rouleau p. 1 90 avec son titre Le jardin du plaisir (Cleveland Museum of Art). Cet habillage constitue une irrésistible invite à la découverte d'un travail dont on voit tout de suite en le feuilletant qu'il a été réalisé avec passion et goût, grâce, apprend-on p. 336, aux bons soins de Florence Remy, Anne Thiollent et Antonia Bou. C'est ainsi que tout au long de la lecture, le regard est tenu en haleine par une mise en page harmonieuse qui met en valeur un texte com¬ posé en deux couleurs (le rouge intervenant toujours à bon escient pour faire ressortir les titres et les sous-titres, les légendes des illustrations et le numéro des pages). Une quarantaine de reproductions de peintures pleine page ne sont pas les seules illustrations à charmer le regard, loin de là. On admirera le travail d'intégration dans le corps du texte de ponctuations iconographiques (peintures, gravures, sceaux, calligraphies, en contrepoint ou pleine page en blanc sur fond noir comme pour les pages de garde des cinq chapitres). De fait, peu des 336 pages de l'ensemble ont été laissées vierges d'enrichissement. Celui-ci est toujours de bon goût sauf peut-être p. 80-8 1 quand le fond (une peinture) perturbe la lecture {idem p. 280 et 289). On retrouve aussi en bonne place (p. 138, 145, 147, 148-9, 152-3) des illustrations tirées d'éditions anciennes de l'ouvrage. Celle-ci en tout cas a suscité un travail éditorial dont il faut saluer l'élégance et la justesse.