Anna Iuso, article publié dans Terrains 28/1997, p. 125-138.

 

L'idée de rassembler en un lieu des écrits personnels n'est pas tout à fait neuve en Europe. L'école sociologique polonaise fondée par les travaux de Thomas et Znanieski (1918-1920) au lendemain de la Première Guerre mondiale donnait déjà à ce type de sources une place centrale, encore que l'on ait trop peu souligné que beaucoup des documents autobiographiques utilisés pour écrire leur fameux Paysan polonais étaient des textes sollicités ou spontanés, en particulier des correspondances. Sur cette lancée, la multiplication continue des concours d'autobiographies a créé en Pologne des archives dont la dimension pose aujourd'hui des problèmes de gestion tout à fait dramatiques. Dans un tout autre cadre, la fondation, dans l'Angleterre des années 30, par des poètes surréalistes et des intellectuels de gauche du mouvement dit Mass-Observation a produit une énorme quantité de textes qui témoignent de la capacité de gens « ordinaires » à observer et à décrire leur quotidien1. Là ce n'est que très récemment que ces archives ont repris vie, ont été à nouveau alimentées par des textes originaux. Mais si l'époque actuelle n'est plus à ces grandes entreprises, se multiplient en revanche des initiatives plus focalisées et cela selon deux logiques assez différentes.

Notes

1Vitale (1972), Sheridan (1991, 1993), Mac-Clancy (1995).
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