Le Journal de Stendhal. Discours sur le sexe et écriture ethnographique
08 avr. 2025/image%2F7030078%2F20250408%2Fob_ba74bd_hom-0439-4216-1989-num-29-111.jpg)
Un célèbre gangster américain à qui l'on demandait pourquoi il volait les banques, a répondu, dit-on : « Parce que c'est là où se trouve l'argent. » Pourquoi le paisible ethnologue s'attaquerait-il au journal intime d'un écrivain célèbre pour discourir sur la sexualité ? On aimerait répondre avec le même laconisme : parce que c'est là qu'on en parle. Mais on en parle aussi et, si l'on en croit les historiens, encore bien davantage ailleurs, dans les textes ecclésiastiques, les procès verbaux judiciaires, les livres médicaux, les traités moraux et philosophiques, sans parler de la littérature spécialisée, dite « pornographique ». En revanche, bien des journaux intimes, même du xixe siècle, tel celui de Maine de Biran, observent un parfait mutisme à cet égard.
La problématique d'un discours ethnographique sur la sexualité dans la littérature intime est en effet complexe. Elle met en cause les frontières du « texte » comme source documentaire — texte littéraire/document d'archivé, texte écrit/texte oral — , ce qui soulève du même coup la question des rapports entre discours et pratiques, normes et conduites et, avec le journal intime à la première personne, celle de la subjectivité aux prises avec le culturel. La plongée dans une ethnographie du passé nous entraîne en outre dans l'arène où entrent en lice le collecteur de données ethnographiques sur le terrain, l'historien de l'anthropologie et celui des mœurs.
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