Par Nathalie Crom. Publié dans Télérama, le 9 décembre 2021.



Si Kafka était femme. Si Rilke était une Brésilienne juive née en Ukraine. Si Rimbaud avait été mère, s’il avait atteint la cinquantaine. Si Heidegger avait pu cesser d’être allemand...» C’est ainsi qu’Hélène Cixous s’emploie, dans L’Heure de Clarice Lispector (1989), à «dessiner le parage » où écrivit l’autrice brésilienne, à dire l’exigence absolue et inquiète de son geste, le souffle métaphysique qui le porte, la part d’opacité captivante dont sont drapés ses romans et nouvelles. L’écriture fut plus que la grande affaire de la vie de Clarice Lispector (1920-1977) : elle fut sa Loi, sa Regula recepta, son onzième commandement. Sa superbe correspondance, aujourd’hui rassemblée en une édition intégrale, est parsemée de mille aveux qui l’attestent : «Je n’ai pas écrit une seule ligne, ce qui nuit à mon repos. Je vis en attente d’inspiration avec une avidité qui ne me donne pas relâche. J’en suis même arrivée à la conclusion qu’écrire est la chose que je désire le plus au monde, plus même que l’amour», écrit-elle à Tania, sa «sœur chérie», alors qu’elle a tout juste 22 ans.

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  • Clarice Lispector Correspondance. Édition intégrale.
  • Editeur Des Femmes - Antoinette Fouque
  • Prix 26 €
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