Journal d'une sage-femme. Les accouchements, les fausses couches, on ne connaît pas, on n'a pas l'habitude d'entendre parler de cela à la " télé "
20 mars 2025
Par Claude Sarraute. Le Monde. Publié le 17 décembre 1974.
Nous devions rencontrer dimanche sur la " deux ", à l'heure du déjeuner, l'heure de grande écoute, Jacqueline Manicom, cette Antillaise, cette sage-femme, membre actif du MLAC, auteur de deux livres - le dernier s'appelle la Graine - qui ont bien, très bien marché, belle, tendre, chaleureuse, spontanée, une flamme. Et par la même occasion, Yves, son mari, lèvres minces, épaisses lunettes, très jaloux de ce succès, jaloux au point de chercher consolation ailleurs, de le dire à sa femme, bien sûr, et de souffrir mille morts quand elle à son tour... Ce rendez-vous, on a jugé plus prudent de le retarder, de le fixer à 21 h 30, à la sauvette, après " les impressionnistes ", en plein pendant le film de la " une ".
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Début du livre
Garde du 2au 3... 1973. RUPTURE UTÉRINE. J'ai ôté la blouse rose froissée, tachée de liquide amniotique et de sang et j'ai laissé se détendre mon corpslas sous la douche tiède. Tandis que je me savonn vigoureusement avec mon indispensable déodorant, me parvient de la radio une voix def emme suave et parfaitement étudiée qui vante les mérites d'une eau de toilette exquise qui fera de moi, si je l'utilise, une femme-fleur-une femme-fruit. Je devrais être heureuse puisque existe une telle eau de toilette, mais en dépit de cette promesse, je ne le suis pas aujourd'hui... Je me sèche maintenant dans une alèse rugueuse et chaude quej 'ai sortie du chauffe linge de la salle de travail. Nouvelle blouse rose, cette fois propre et bien repassée. Un coup de brosse dans mes cheveux et me voilà prête pour aller présenter le grand registre noir au Patron.