1er août 1914 : « Dans le train qui m'emporte vers Nancy tout le monde est ivre. » 31 décembre 1918 : « Il ne faudra pas que l'on croit dans cent ans que c'était gai, la Victoire. » Entre ces deux dates, Maurice Bedel (1883-1954) a fait la guerre, dans les tranchées. Homme de lettres, médecin – et futur prix Goncourt, en 1927, pour Jérôme 60° latitude nord –, il tient un journal dont la lecture est stupéfiante.

"Les temps sont noirs. L'horizon est barré. Il ne faudra pas que l'on croie dans cent ans que c'était gai, la Victoire. Il faudra montrer à nos arrière-petits-enfants les routes de Lorraine détrempées par les inondations où allait la théorie des soldats fatigués, des chevaux fatigués, des voitures fatiguées, des camions fatigués - où marchaient en bandes loqueteuses, misérables, déshumanisées, Russes, Roumains, Italiens, Français, Anglais, poussés hors d'Allemagne, harcelés par la grippe et redoutés des populations. Il faudra leur montrer le champ de désolation de la Champagne et de la Meuse, de la Picardie et des Flandres, où se lamente sans vivres et sans abris sous les pluies exécrables d'un hiver pourri tout un peuple accouru des exils de Gascogne, de Touraine, de Poitou dès les premières heures de l'armistice."

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