Par Nicole Roger-Taillade. P. 17-58.

Le Journal que Montalembert a tenu régulièrement de 1822 à sa mort en 1870 est un document exceptionnel. Sa qualité littéraire est certaine, que ce soit sous la forme de la narration suivie et souvent lyrique des années de jeunesse, ou, à partir de 1844, sous celle, étonnamment moderne, d’une écriture discontinue : chaque page, correspondant à une journée, livre la suite des événements du jour, tantôt par des récits circonstanciés, tantôt par des remarques brèves, véritables « fragments », éclats ou éclairs de la pensée. L’extrême diversité des activités, jointe à l’absence de lien entre les notations, engendre un désordre inévitable. Mais, dans ce désordre même, le lecteur repère vite des continuités, il observe le retour de véritables leit-motive. La discontinuité n’exclut pas une profonde unité des préoccupations, depuis la jeunesse jusqu’à l’âge mûr.

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