Corps et journal intime : Guérin, Amiel, Constant. Physiquement, le journal est un être sur lequel on peut trouver appui
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« Un écrit dans lequel quelqu’un manifeste un souci quotidien de son âme, considère que le salut ou l’amélioration de son âme se fait au jour le jour, est soumis à la succession, à la répétition des jours, source de permanence et de variation. » Cette définition du journal intime que propose Pierre Pachet1 est assurément très restrictive, et l’on ne sera guère étonné de voir Pachet écarter toute une série de journaux pour se concentrer sur quelques-uns d’entre eux seulement, presque tous de l’époque romantique. Mais elle m’intéresse ici dans la mesure où elle met essentiellement l’accent sur l’âme : en quelque sorte, le sujet, l’objet et la finalité du journal intime seraient une âme. Une âme s’exprime, en s’intéressant à elle-même et en visant à sa propre « amélioration ». Dans la conception dualiste qui oppose âme et corps, c’est la première qui devrait retenir toute l’attention, au point qu’on pourrait se demander s’il n’y a pas contradiction entre les deux termes que j’ai pris pour titre, corps et journal intime, si ce n’est pas un non-sens que de se proposer une telle perspective : il n’y a de journal intime que d’une âme, pourrait-on supposer, et si le corps devait y apparaître, ce ne serait que de manière très marginale.
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1. Pierre Pachet, Les baromètres de l’âme. Naissance du journal intime, Hatier, 1990, p. 13.