par Alexandra Schwartzbrod. Publié le 5 mars 2025.

 

Quel peut être le rôle d’un écrivain dans un pays en guerre ? Comment parvenir à écrire de la fiction, et de la fiction policière, quand le quotidien est rythmé par les bombes et les morts ? Connu pour ses romans policiers et son inspecteur de police Avraham Avraham, l’Israélien Dror Mishani publie un journal de guerre dans lequel il raconte les longs mois d’effroi et de sidération qui ont suivi les attaques terroristes du 7 Octobre, puis ses interrogations et ses doutes. 
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Mon éditeur suisse m’a appelé pour prendre de mes nouvelles et me demander si je continuais à travailler sur mon polar en cours. Je lui ai répondu non, je n’y arrivais pas. Et j’ai repensé à un de mes cours d’écriture que j’avais consacré à l’importance du journal intime dans la littérature, je me suis dit que c’était plutôt vers ça que je devais me diriger. L’écriture de ce journal m’a vraiment sauvé. C’est le seul vrai moment où je ne me suis pas senti écrasé par la guerre, où je me suis souvenu du Dror que j’étais avant le 7 Octobre. Ce journal, c’était ma chambre forte. Un des textes que j’avais enseignés pendant ces cours d’écriture, c’est «Délibération» de Roland Barthes, écrit en 1979, dans lequel il se demande s’il doit écrire un journal et le publier. Il fait l’essai et il trouve que le journal est la forme littéraire la moins authentique. Le «je», dans un journal, est un menteur, dit-il. Et c’est tellement vrai ! La solution, conseille-t-il, c’est de retravailler le journal jusqu’à ce qu’il cesse d’être un journal et devienne un objet littéraire. J’ai donc beaucoup retravaillé ce journal, la forme, pas le fond, je voulais garder une forme d’authenticité.
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Dror Mishani, Au ras du sol. Journal d’un écrivain en temps de guerre. Traduit par Laurence Sendrowicz, Gallimard, 162 pp., 20,50 €.

 

 
 
 
 
 
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