Bagatelles pour mon journal : souvenirs de l'Esterel
06 mars 2025/image%2F7030078%2F20250304%2Fob_6b6da2_bag-250225.jpg)
L’armée n’a jamais été ma tasse de thé. Mais je suis certainement devenu antimilitariste (je ne le suis plus vraiment) par le biais de mes lectures plutôt que par raisonnement politique. Certains ouvrages ont contribué à développer en moi cette défiance à l’égard de la « grande muette » : Allons z’enfants d’Yves Gibeau que je ne peux m’empêcher, pour le sujet, de rapprocher de La Ville et les chiens de Mario Vargas Llosa lu tout récemment. Ces deux ouvrages n’ont rien à voir si ce n’est qu’ils décrivent chacun à leur manière (très différente littérairement) un milieu dominé par la bêtise et la brutalité où l’enseignement dispensé valorise essentiellement la virilité, l’agressivité et le courage (celui prêté abusivement aux hommes).
Les croix de bois de Roland Dorgelès, Le silence de la mer de Vercors, À l’Ouest, rien de nouveau d’Erich Maria Remarque, L’adieu aux armes et Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway, La Sainte Face d ‘Élie Faure (l'un des cinq plus beaux livres français inspirés par la guerre écrivit Montherlant dans la revue Europe du 15 décembre 1937), L’Oiseau bariolé de Jerzy Kosinski, Week–end à Zuydcoote de Robert Merle, Les grandes vacances de Francis Ambrière, Le caporal épinglé de Jacques Perret, Le brave soldat Chvéïk de Jaroslav Hašek… Et ces dernières années : Au revoir là–haut de Pierre Lemaître, Alias Caracalla de Daniel Cordier, L’attente de l’aube de William Boyd, L'Art français de la guerre d’Alexis Jenni (remarquable) et, sur le conseil de ma fille, l’extraordinaire Compagnie K de William March. J’ajoute à cette liste le livre de Pierre Bergounioux lu récemment : B 17G.
Même s’il doit m’en coûter de l’avouer, l’armée m’a beaucoup apporté : voyages, autonomie, amitiés, un certain goût pour la discipline en parfaite contradiction avec mon esprit rebelle. C’était la première fois que je m’éloignais pour longtemps et à grande distance du foyer familial et, sans que j’en aie conscience alors, il s’agissait sans doute d’une sorte de libération. Ma première affectation fut Fréjus. Le voyage en train devait durer quasiment une journée (on était loin du futur TGV) ! Et je me retrouvais tout à coup sur les bords de la Méditerranée dont j’avais si souvent rêvé, la Côte d’Azur mythique à portée d’escapades, en stop pour les longues distances ou à VéloSoleX (graphie officielle de cette marque déposée) pour les plus courtes. Avec ce Solex que j’avais apporté de chez moi, j’en ai fait des kilomètres ! J’ai encore devant les yeux certaines fins de journée où je traversais les Monts de l’Esterel, paysages magnifiques et exaltants, pour rentrer à Fréjus après une belle échappée d’un jour de permission. « Même pour ceux qui ont vu la Suisse et la Savoie, c'est une belle chose que la montagne couverte par les sombres verdures de l'Estérel. Les Alpes meurent ici dignement. » notait Victor Hugo[1].