« Commerce avec des fantômes » : Franz Kafka, Lettres à Milena
19 mars 2025Rien de plus fascinant, peut-être, que la correspondance d’un écrivain, ce « commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre », écrivait Kafka. Ce type de lecture procure un plaisir particulier, certes intellectuel (découvrir obliquement une œuvre) mais aussi interdit (entrer dans l’intime).

Kafka rencontre la « vraiment fabuleusement belle » Milena Jesenská (1896-1944) en septembre 1919, au café Arco de Prague ; elle a pour projet de traduire Der Heizer (Le Chauffeur) en tchèque. Elle est d’abord pour l’écrivain une silhouette fugitive et fantomatique : « Es fällt mir ein, dass ich mich an Ihr Gesicht eingentlich in keiner bestimmten Einzelheit erinnern kann… », « Je me rends compte que je ne parviens à me souvenir d’aucun détail précis de votre visage. La façon dont vous êtes sortie du café en passant entre les tables, votre silhouette, votre vêtement, cela je le vois encore » (Merano, probablement fin avril 1920, À Milena, p. 21).
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