Bagatelles pour mon journal : le directeur de notre école primaire traverse la cour de récréation entre deux gendarmes
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L’image du directeur de notre école primaire traversant la cour de récréation entre deux gendarmes m’est restée. Il était suspecté, selon la terminologie alors employée, d’attentat à la pudeur auprès de certaines fillettes de ma classe tandis que nous, garçons, étions penchés sur nos livres de lecture. Nous avions tous autour de dix ans et je ne m’étais jamais étonné qu’il s’enferme dans le local du fond de classe avec une ou deux petites élèves « pour mettre de l’ordre dans la bibliothèque ». Pourquoi cela aurait-il dû m’interpeler ? Il est resté en prison durant de longues années.
L’article 222-22 du Code pénal français définit ainsi « toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. » Cette définition paraît claire, même elle suscite interprétations et polémiques diverses. Il paraît que la parole se libère depuis l’affaire étatsunienne concernant Harvey Weinstein. L’hashtag (je préfère écrire mot-dièse, mais l’anglais triomphe) « balance ton porc » a fait un tabac, relayé – mais avec une vocation sensiblement différente – par « #metoo ».
Suspect, coupable, innocent, chacun de ces mots possède un sens. On est suspect, lorsque soupçonné d’une faute, d’un délit, voire d’un crime. On devient coupable quand la preuve est apportée que le soupçon était fondé. Par contre, quand rien ne permet d’aller plus loin dans l’accusation, il est généralement admis que, le suspect n’étant pas coupable, il doit être présumé innocent. On assiste en ce moment à un déferlement d’accusations dont la plupart ne sont pas (toujours ou encore) fondées. Depuis l’affaire Weinstein déclenchée aux États-Unis, c’est l’hallali. Je ne sous-entends pas que toutes les personnes dénoncées de par le monde soient innocentes mais, dans plusieurs cas, la preuve de leur culpabilité n’a pas été fournie. Il arrive aussi que certains accusés aient déjà été soumis à la justice et que celle-ci ait été rendue, les considérant coupables ou non. Pour les autres, attendons que les juges effectuent leur travail[1].
[1] Depuis le nouveau Code pénal entré en vigueur le 1er mars 1994, la qualification judiciaire est aujourd’hui, selon les cas : atteinte sexuelle sur mineur et agression sexuelle. Wikipédia.