¨Par Philippe Artières.  5 décembre 2023.

 Les écrits de suicidés sont des missives, avouons-le, que l’on préfère ne pas avoir à lire. À partir d’un imposant recueil de ces écrits ultimes, Vincent Platini parvient à faire de ce triste corpus, fruit d’une patiente collecte dans les archives, un texte polyphonique, qui restitue autant des parcours de vies ordinaires que l’histoire de ce que ce chercheur en littérature comparée nomme des « écritures de soi ».

Le suicide a fait naître la sociologie, l’essai de Durkheim est l’un des premiers grands classiques des sciences sociales ; et nous sommes beaucoup à avoir lu La mort volontaire au Japon, l’ouvrage de Maurice Pinguet paru en 1984. Mais le suicide était jusqu’au livre de Vincent Platini un objet absent du champ littéraire. Pourtant, l’histoire de la littérature compte une longue liste d’écrivain.e.s qui se sont donné la mort, de Nerval à Édouard Levé. Platini invente un genre dont il montre l’histoire par une habile et très fine édition d’un ensemble de plus d’une centaine de lettres et de billets rédigés par les suicidé.e.s. L’intelligence du livre, qui ne manque pas d’agacer la chercheuse ou le chercheur, est que le découvreur ne donne qu’en fin de volume, dans un texte bref mais d’une grande clarté, le mode d’emploi de l’ouvrage.

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Vincent Platini | Écrits fantômes. Lettres de suicides (1700-1947). Verticales, 352 p., 22 €

 
 

 

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