Article de revue.

Pages 121 à 131.

 

 

L’antisémitisme du régime fasciste italien, plus virulent qu’on l’a souvent dit, fut soigneusement légitimé et entretenu par une presse aux ordres, mais aussi par les plumes plus érudites de La Difesa della Razza. Revue de détail des auteurs antiques convoqués pour l’occasion, avec l’ambition de lutter contre toute « barbarisation » du Nouvel Empire.

L’année 1938 voit le renforcement de la volonté totalitaire du fascisme italien, déjà perceptible depuis la victoire en Éthiopie en 1936. Le rapprochement politique avec l’Allemagne nazie est illustré par le voyage de Mussolini à Berlin en septembre 1937 puis d’Hitler en Italie en mai 1938 et trouvera son aboutissement diplomatique par la signature du Pacte d’Acier, le 22 mai 1939. Le Duce s’adjuge la dignité de Premier maréchal de l’Empire le 30 mars 1938, au même titre que le roi Victor-Emmanuel III, ce qui ne manque pas d’irriter le souverain. D’autre part, le régime s’engage dans une offensive contre les habitudes bourgeoises en critiquant l’utilisation du lei comme forme de vouvoiement [1]. De plus, à partir du 1er février 1938, le pas de parade de l’armée italienne devient le pas romain, assez proche du pas de l’oie allemand. Beaucoup plus lourd de conséquences fut le choix de s’engager dans une politique raciale [2].

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  • 1. Sur ce sujet, cf. Marie-Anne Matard-Bonucci, « L’anti-lei : utopie linguistique ou projet totalitaire ? », Mélanges de l’École Française de Rome, tome C, 1988-2, p. 971-1010.
  • 2 .Sur cette question, on peut se reporter à Renzo De Felice, Storia degli Ebrei italiani sotto il fascismo, Einaudi Tascabili, Torino, 1993, 647 p., et, du même auteur, Mussolini, il Duce. Lo Stato totalitario (1936-1940), Einaudi, Torino, 1981, 944 p. ; Michele Sarfati, Gli Ebrei nell’Italia fascista. Vicende, identità, persecuzione, Einaudi, Torino, 2000, 377 p. ; Pierre Milza, Mussolini, Paris, Fayard, 1999, p. 749-757. Sur la question de savoir si les lois raciales ont été véritablement appliquées, des mises au point ont été faites par Paola Di Cori, « Le leggi razziali » in Mario Isnenghi (a cura di), I luoghi della memoria. Simboli e miti dell’Italia unita, Laterza, Roma-Bari, 1998, p. 463-476 ; Marie-Anne Matard-Bonucci, « L’antisémitisme en Italie : les discordances entre la mémoire et l’histoire », Hérodote, n° 89, 2e semestre 1998, p. 217-238. Des études locales ont montré que l’application des lois avait été beaucoup plus stricte que ce que l’on avait longtemps cru. Ainsi, pour Turin, voir F. Levi (a cura di), L’ebreo in ogetto. L’applicazione della normativa antiebraica a Torino (1938-1943), Einaudi, Torino, 1991.
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