Par Catriona Seth. Le 27 septembre 2016.

Des « vies minuscules » sont à l’honneur dans un important ouvrage de Philippe Lejeune autour de diaristes célèbres ou oubliés du XVIIIe et du premier XIXe siècle. Une monographie concernant Léger-Marie Deschamps et des études sur les écrits personnels sont aussi à saluer.

Félicité de Genlis 

Le 14 juillet 1762, dans une lettre à Sophie Volland, Denis Diderot met en parallèle l’astronome, qui scrute pendant trente ans, du haut d’un observatoire, le mouvement d’un astre, et le regard sur soi qu’il faudrait développer, mais qui lui paraît impossible : « Personne ne s’étudiera soi-même, n’aura le courage de nous tenir un registre exact de toutes les pensées de son esprit, de tous les mouvements de son cœur, de toutes ses peines, de tous ses plaisirs. » Et pourtant, dans les années qui suivirent, le journal personnel devait connaître en France un essor inattendu. Si d’aucuns, pour tenter de l’expliquer, réfléchiront à la privatisation du temps avec l’essor des montres personnelles, au développement de l’alphabétisation dans différents milieux, y compris pour les femmes, ce n’est pas le but de Philippe Lejeune qui, modestement, après avoir fourni à l’autobiographie ce qui est devenu sa définition canonique, présente ici, plutôt qu’un essai, une série de petites monographies à partir desquelles, espère-t-il, d’autres prendront la relève, qui pour éditer un texte du for intérieur, qui pour le prendre comme objet d’une analyse littéraire, stylistique ou historique.
___________________
Philippe Lejeune, Aux origines du journal personnel : France, 1750-1815. Honoré Champion, 650 p., 99 €
Pierre Méthais, Léger-Marie Deschamps: Vie, Œuvre, Destin posthume. Texte établi par Bernard Delhaume. Préface d’Annie Ibrahim. Honoré Champion, 446 p., 85 €
Danièle Tosato-Rigo (dir.), Appel à témoins : Écrits personnels et pratiques socioculturelles (XVIe-XXe s.) (Études de Lettres, 1-2 2016), 320 p., 30 CHF
Retour à l'accueil