Les Mémoires sont-ils des autobiographies ? Considérations sur genre littéraire et identité publique
10 févr. 2025Julie Rak. Traduction Layla Roesler (ENS de Lyon) et Laurie Postlewate (Barnard Collège, Columbia University), avec l’aide des étudiants du cours “Transatlantic Translation Workshop"1
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Dans l’introduction de son recueil, The Vintage Book of Canadian Memoirs (2001), George Fetherling constate l’existence de deux éléments qui montrent « l’histoire critique difficile » du genre du mémoire. D’après Fetherling, « même si les gens ne s’accordent pas nécessairement sur la définition du genre, ils savent parfaitement ce qu’est un mémoire ; ils en créent une demande que les écrivains et les éditeurs s’empressent de satisfaire » (p. vii). Fetherling donne ensuite une définition du mémoire :
On ne qualifierait jamais de mémoire l’autobiographie d’une figure politique ou autre personnage public. Suivant rigoureusement les conventions de la littérature « non fictionnelle », les autobiographies sont trop formalistes pour qu’on leur applique cette qualification : de manière trop poussée, elles s’attachent à présenter l’intégralité de la vie ou de la carrière du sujet, cherchant à le montrer sous le jour le plus favorable. Le mémoire se resserre davantage sur son objet ; il est plus audacieux dans sa construction, et (son auteur l’espère) plus saisissant. Il peut porter sur soi-même, sur d’autres individus, d’autres époques, ou sur un lieu particulier. (p. vii)
Cette définition du mémoire pourrait surprendre bon nombre des critiques qui travaillent sur l’autobiographie. En effet, Fetherling inverse la manière traditionnelle de voir le mémoire comme la chronique d’une vie publique ou comme le récit d’une vie à la lumière d’un événement. Il s’approprie des critères qui ont traditionnellement été appliqués à l’autobiographie et les transpose au mémoire pour en expliquer la popularité.
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