p. 195-215.

Un an après L’Amant, couronné par le prix Goncourt et vendu à des centaines de milliers d’exemplaires, paraît en 1985, dans un contexte de gloire médiatique pour son auteur, La Douleur.

2Ce livre de Marguerite Duras est en réalité un recueil. Chaque texte qui le compose est introduit par un avertissement solennel, destiné à déclarer son appartenance à une catégorie exclusive, celle du témoignage ou de la fiction. Les quatre premiers, « La Douleur », éponyme, « Monsieur X. dit ici Pierre Rabier », « Albert des Capitales » et « Ter le milicien », se présentent comme des textes authentiques, ceux au regard desquels, dit l’auteur, « la littérature m’a fait honte » ; les suivants, « L’Ortie brisée » et « Aurélia Paris », beaucoup plus minces, sont introduits par la mention sans équivoque : « C’est inventé. C’est de la littérature1 ». Si les textes se situent tous à Paris, sous l’Occupation, au moment de la Libération, leur genèse est en réalité assez différente et c’est seulement le texte éponyme, en relation avec « Albert des capitales », qui retiendra ici notre attention.

3Le journal qui, en 1985, ouvre La Douleur a en effet déjà une histoire éditoriale. En 1981, dans Outside, le lecteur peut reconnaître, parmi des articles publiés par Marguerite Duras entre 1957 et 1980, un court papier paru anonymement en 1976 intitulé « Pas mort en déportation2 ». Cinq ans plus tard, Duras assume le texte et dit l’avoir « retrouvé dans un cahier, une sorte de journal intemporel », tenu « pendant la fin de la guerre3 ». « […] Écrit pour ne pas oublier. 

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1Marguerite Duras, La Douleur (1985), Gallimard coll. « Folio », 1993, p. 12, p. 194 (par défaut, le lieu d’édition est Paris).

2Marguerite Duras, « Pas mort en déportation », Outside : papiers d’un jour (1981), Gallimard coll. « Folio », 1995, p. 361-366. C’est pour la toute nouvelle revue féministe Sorcières que Marguerite Duras a donné ce texte, paru en deux fois dans les premières livraisons de janvier (p. 43-44) et mars (p. 53-54). Cette publication a conduit à la brouille entre Antelme et Duras : René-Louis des Forêts disait de son ami qu’» il ne pouvait souffrir qu’on rendît public ce qui est d’ordre privé, […] sur ce point il était d’une intransigeance sans concession », « Témoignages », in Robert Antelme, textes inédits sur L’Espèce humaine : essais et témoignages, présentés par Daniel Dobbels, Gallimard, 1996, p. 277.

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