[article]. Fait partie d'un numéro thématique : Les frontières de l'humain
Année 2003 145 pp. 103-126.
 

 

 
Le livre de raison où l'on comptabilisait quotidiennement ses profits et pertes financiers, le journal spirituel où un Loyola et tant d'autres rendaient compte de l'état de leur âme, et la chronique de la vie publique sont des précurseurs du journal intime. Ces quatre types d'écrit se rejoignent souvent à l'époque moderne : on tient un journal où l'on parle de ses problèmes matériels, spirituels, où l'on commente la politique, où l'intime tient une grande place aussi. Expres¬ sion de l'intime, le journal personnel enregistre nécessaire¬ ment certains événements de la vie du diariste, donc souvent de l'Histoire1. Ce qui amène d'une part des littéraires, Pierre Pachet par exemple, à refuser de considérer le journal trop axé sur l'événement extérieur comme un journal intime , mais plutôt comme un «journal tout court », une simple chronique2.
 
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1. Dans «Cher cahier. . . » : Témoignages sur le journal personnel (Paris : Gallimard, 1989) Philippe Lejeune donne les résultats d'une enquête sur le journal intime : pour les diaristes consultés, les principales fonctions du journal sont d'abord d'enregistrer le présent (réponse fréquente), laisser une trace de soi, se soulager en s'exprimant (le plus fréquent). (240-41) Implicites dans ces fonctions il y a bien des liens entre l'intérieur et l'exté¬ rieur, le moi et l'Histoire, que nous explorerons ici.

2. Les baromètres de l'âme : Naissance du journal intime (Paris : Hatier, 1990.) Pachet parle de «ce par quoi le journal intime se distingue du jour¬ nal tout court. L'un et l'autre notent avidement et avec précision des repères dans le calendrier, mais le journal intime, lui, cherche à enregistrer un décalage par rapport au temps social et historique. »

 
 
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