Le tableau de Vincent Van Gogh daté de 1888, Les roulottes, campement de bohémiens aux environs d'Arles (Musée d’Orsay), résume l’idée négative que l’on pouvait avoir des Bohémiens au XIXe siècle malgré l'Esmeralda de Hugo ou la Carmen de Mérimée.

Fâcheusement, 130 ans plus tard on a toujours les mêmes préjugés racistes. Heureusement, on doit à Louis Aragon un très beau poème qui présente le sujet sous un angle plus positif : « Il existe près des écluses/Un bas quartier de bohémiens/Dont la belle jeunesse s'use/À démêler le tien du mien/En bande on s'y rend en voiture/Ordinairement au mois d'août/Ils disent la bonne aventure/Pour des piments et du vin doux ». Cet aimable texte fut mis en musique et chanté par Léo Ferré.

Je passe sur l’affligeante affaire Leonarda Dibrani dans laquelle s’embourba François Hollande, jetant toute dignité par-dessus bord et révélant à l’occasion son inaptitude à occuper comme il aurait convenu la fonction présidentielle. Par cette erreur de communication, les « Roms » furent ainsi accusés de nouveau de tous les maux.

« Rappelons que le Conseil de l’Europe désigne sous le terme de Roms un ensemble de populations nomades ou sédentarisées également connues sous diverses autres appellations (y compris Tsiganes, Gitans, Manouches, gens du voyages), la plupart présentes en Europe depuis au moins un millénaire, et issues de diverses provenances indiennes et moyen-orientales plus ou moins avérées, compte-tenu des multiples métissages en jeu.1 » Dans une lettre à George Sand 2 du 12 juin 1867, Flaubert racontait s'être : «…"pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule, en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre.C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au Solitaire, au Poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton."

Peut-être pour nos trente de mariage, nous avions voulu nous rendre à Budapest (alors libéré du joug communiste). Un beau périple en wagon-lit devait nous conduire dans la capitale hongroise. Pour le retour, nous nous arrêtâmes à Vienne puis à Salzbourg… À Budapest, nous sollicitons la réception de l’hôtel pour une adresse de restaurant où il nous serait possible de dîner en écoutant de la musique tzigane. Conciliabule de nos interlocuteurs manifestement embarrassés (mais nous ne soupçonnons pas pourquoi). Ils nous recommandent une adresse où ils nous retiennent une table. Las, la soirée était animée par un (bon) pianiste de jazz et l’établissement n’avait jamais vu de musiciens tziganes… Nous avons compris que ceux dont nous aimons la musique ne tenaient pas une grande place dans le cœur des Hongrois (ceux-là du moins). Ce qui n’était pas le cas de Franz Litz dont le répertoire a récupéré des thèmes. Ce Hongrois d’origine s’est intéressé aux musiques des « bohémiens » de son pays. Il a même publié en 1859 Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie.

 

1.Thomas Piketty, Capital et idélogie, Seuil 2019, p. 457.

2.. Correspondance de Gustave Flaubert. Cette lettre à George Sand, du 12 juin 1867, ne figure pas comme indiqué partout sur l’internet dans La Pléiade, « tome 5 de la Correspondance, pp. 653—654 », mais dans le tome 3, pp 653—654…).

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