Toute ma vie, j’ai aimé consulter les dictionnaires. Le premier que j’ai connu, celui de mes parents, était le Nouveau Dictionnaire illustré Simon (sans doute l’édition de 1937 qui me semble avoir été la seule), à couverture cartonnée verte. À l’époque, c’était peut–être encore le concurrent du Petit Larousse illustré (né en 1905). Je le lisais page par page, sautant ce qui me rebutait ou que je ne comprenais pas. Quand en famille un différend surgissait à propos de l’orthographe ou de la définition d’un mot, mon père en appelait au « juge de paix » lequel rendait généralement un verdict sans appel et remettait de l’ordre dans la discussion.

Plus tard, la famille s’enrichit du Petit Larousse illustré dont les pages roses réservées aux citations grecques et latines (notamment) faisaient mon régal tant cela me paraissait savant. Au collège, en quatrième, notre professeur de français (à qui je dois tant) affichait chaque semaine des citations récupérées par les élèves. J'étais pratiquement le seul à jouer le jeu (grâce aux pages roses et à mon goût – déjà– pour les citations…). Ensuite mes parents m’ont offert à sa parution (1960) le Grand Larousse illustré en dix volumes. Plus tard, à l’occasion d’un anniversaire puis d’un Noël, ma femme a amélioré notre bibliothèque avec Le Grand Robert et ensuite le Dictionnaire universel contenant généralement tous les mots français tant vieux que modernes d’Antoine Furetière qui parut en 1690 et dont j’ai toujours apprécié de consulter sa magnifique édition en fac-similé.

Je noterai enfin le Littré dont je dispose dans la collection 10/18 (aujourd’hui également sur l’internet). Le travail de ce grand lexicographe me captive depuis longtemps. On dit que sa copie comptait plus de quatre cent mille feuillets et qu'elle était rangée par paquets de mille feuilles dans huit caisses de bois blanc. Fascinant… et à rapprocher, toutes choses égales, des 35 000 cartes à jouer sur lesquelles Georges–Louis Le Sage (on écrit Lesage de nos jours) transcrivit au XVIIIe siècle ses pensées que ce savant peu connu espérait réunir un jour dans un ou plusieurs ouvrages. Ce labeur n’aboutit jamais : « J’ai beau avoir de l’ordre, je m’égare encore à tout moment, dans cette immensité, cette multiplicité et cet entassement1.»  Rassurant pour moi qui connaît la même sensation pénible…

 

1. Notice de la vie de et des écrits de Georges–Louis Le Sage rédigée d’après ses notes, par Pierre Prevost, Paschoud 1805, page 77.

 

Retour à l'accueil