L’École du genre  Année 2019  13  pp. 213-225. Fait partie d’un numéro thématique : Maîtresses et favorites dans les coulisses du pouvoir du Moyen Âge à l’Époque moderne.

 

« Publiez, Madame, il faut que l’Europe sache tout. » C’est en ces termes que le vieux prince de Ligne incitait Pauline Panam (1789-1840) à rendre publique la manière injuste dont elle avait été traitée par Ernest, duc de Saxe-Cobourg, lequel l’avait abandonnée à son sort après l’avoir mise enceinte. Selon les conseils du prince, « comme femme » , elle se devait de « fixer l’attention publique sur les destinées et la situation sociale » des personnes de son sexe. « Les femmes peuvent-elles encore rester les jouets avilis des princes et de leurs valets ? » Les mœurs avaient changé et, si le vieillard considérait que les agissements du prince de Cobourg pouvaient être propres à sa situation, ils n’étaient plus de mise. Alors que les gens du peuple avaient une haute estime des vertus familiales et nationales, l’histoire des palais reflétait parfaitement le vice et l’immoralité. Ligne prévoyait l’arrivée de réformes en Europe qui mettraient fin aux us et coutumes des cours royales. Dans ses célèbres Mémoires, il avertissait les lecteurs du mauvais exemple que donnaient sa propre débauche et son libertinage, et il avait l’impression d’être un anachronisme, un survivant d’une époque antérieure. Le prince hennuyer avait estimé qu’il était du devoir de Pauline d’écrire et de publier des Mémoires « qui ramèneront S. A. à l’idée du siècle où elle vit » . On était en 1814 et, après plus de vingt années de guerre, les vainqueurs de Napoléon s’étaient réunis à Vienne pour instaurer la paix en Europe. Mais le Congrès consistait avant tout en une succession de festivités frivoles, et la toile de fond des négociations ardues sur les questions territoriales était celle de bals masqués,

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