L’Intelligence artificielle pénètre de plus en plus dans la vie quotidienne – pour apprendre aux enfants à lire et calculer, pour réaliser sans effort des tâches fastidieuses, pour rédiger nos comptes-rendus de réunions comme pour conduire nos voitures. Mais elle tend à nous faire produire des textes, des choix et des actions qui ne sont plus vraiment les nôtres. Pour Mathieu Corteel, philosophe et historien des sciences qui publie Ni Dieu ni IA. Une philosophie sceptique de l’intelligence artificielle (La Découverte, 2025), c’est notre jugement lui-même qui finit par s’exiler dans un « inconscient machinique ».

 Il semble déjà loin le temps où l’intelligence artificielle accomplissait ponctuellement de grandes prouesses. Elle nous accompagne désormais au quotidien. N’est-ce pas là un fait majeur de notre époque ?

Mathieu Corteel : En effet, l’IA fait partie de nos écosystèmes de travail, de nos divertissements, de nos échanges, et elle participe désormais à l’ensemble de nos activités cognitives et productives. Plus encore, l’IA acquiert une valeur affective et intime dans la mesure où elle engage la cognition humaine dans un rapport sémantique, en générant par exemple des textes ou des images. Alan Turing l’avait prédit dans son texte de 1950, « Les ordinateurs et l’intelligence ». Il imaginait déjà une machine capable de simuler toutes les fonctions langagières humaines.

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