La correspondance entre Thomas Owen et Jean Ray fait l'objet d'un ouvrage intitulé « Jean Ray / Thomas Owen : Correspondances littéraires », publié en 2016 sous la direction de Jean-Louis Étienne. Ce livre éclaire la relation littéraire et personnelle entre les deux auteurs, tous deux figures majeures du fantastique belge. Owen, de 33 ans plus jeune que Ray, a d'abord revendiqué ouvertement une filiation, admirant celui qu'il considère comme un « révélateur, toujours encourageant, pittoresque ». Avec le temps, il a affirmé sa propre autonomie artistique, tout en perpétuant la « légende » de Jean Ray à travers son œuvre et ses souvenirs.

La correspondance, tout comme leur relation, illustre une évolution : d’une admiration distante à une amitié sincère, puis à une prise de distance créatrice de la part d’Owen après le décès de Ray en 1964. On y trouve des échanges aussi bien cordiaux qu’amicaux, témoignant du lien entre deux écrivains marquant le « fantastique belge », tout en soulignant leurs différences de style et d’approche du genre. Owen résumait, en 1987 : « Chez Jean Ray, le monstre enfonce la porte. Chez moi, il souffle un peu de fumée à travers la serrure. »

L’ouvrage rassemble non seulement des lettres, mais aussi des extraits d’entretiens, apportant un éclairage précieux sur l’histoire littéraire du XXe siècle. Par ailleurs, les archives de Thomas Owen, aujourd’hui inventoriées aux Archives et Musée de la Littérature, comportent également quelques autres échanges, mais peu de correspondance suivie en dehors du cercle restreint du fantastique belge.

La relation littéraire entre Jean Ray et Thomas Owen connaît une évolution marquée par plusieurs étapes distinctes.

Au départ, Thomas Owen admire profondément Jean Ray, qu’il considère comme un maître du fantastique belge et un « révélateur, toujours encourageant, pittoresque ». Cette admiration se traduit par une revendication assumée de filiation littéraire ; Owen se met, dans ses débuts, clairement sous l’influence de Ray, à la fois sur le plan du style et de l’imaginaire. Ray, de son côté, accueille ce jeune disciple avec bienveillance, et s’instaure entre eux une correspondance littéraire empreinte de respect et d’encouragements.

Peu à peu, à mesure qu’Owen affirme sa propre voix et développe son style, la relation évolue : d’un rapport maître-disciple, elle glisse vers une amitié authentique, fondée sur l’échange d’idées et la complicité littéraire. Owen continue d’admirer Ray, mais il cherche à se démarquer, à trouver sa propre voie dans le paysage du fantastique. Une phrase d’Owen résume bien cette prise de distance créative : « Chez Jean Ray, le monstre enfonce la porte. Chez moi, il souffle un peu de fumée à travers la serrure. » Cette image illustre la différence de ton entre les deux écrivains et la volonté d’Owen de dépasser le modèle initial.

Après la mort de Jean Ray en 1964, Owen perpétue la mémoire de son mentor par ses œuvres et ses souvenirs, mais il s’éloigne progressivement de cette influence pour affirmer une réelle autonomie artistique. La correspondance, tout comme leurs échanges, reflète ces différentes phases : admiration, amitié, puis affirmation de soi. Cette évolution témoigne non seulement d’un cheminement personnel, mais aussi de la vitalité et de la diversité du fantastique belge du XXe siècle.

Pour consulter cet ouvrage à Paris, il est disponible dans diverses bibliothèques spécialisées et à l’achat en librairie ou d’occasion.

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