Sur la photo ; La statue de Robert Lee symbole du passé esclavagiste déboulonnée en Virginie.

Le wokisme désigne un courant de pensée né aux États-Unis qui prône "l'éveil des consciences aux inégalités structurant les sociétés occidentales". Selon l'Académie française, il s'agit d'une "idéologie qui privilégie la lutte contre les discriminations notamment de nature raciste, sexiste et homophobe". Le wokisme est devenu le cheval de bataille de l’autocrate préfasciste, D. Trump.

Le terme dérive de l'anglais "woke" (éveillé), du verbe "wake" (réveiller), et signifie "être éveillé face aux discriminations ethniques, sexuelles, sociales ou religieuses". Le dictionnaire Le Robert le définit comme un "courant de pensée d'origine américaine qui dénonce, parfois de manière intransigeante, les injustices et discriminations subies".

Cependant, cette définition fait débat(à juste titre). Pour certains critiques comme le sociologue Alain Policar, le terme sert simplement à nommer "ce que les conservateurs n'aiment pas". Marie-Anne Paveau, professeure en sciences du langage, estime qu'il "n'a aucun contenu sémantique sérieux, si ce n'est de vouloir détruire l'adversaire qu'on désigne ainsi".

Le terme trouve ses racines dans le mouvement de lutte des Afro-Américains pour l'accès aux droits civiques. Martin Luther King rappelait aux étudiants de rester "éveillés" et à "être une génération engagée". Le terme était alors utilisé par les Afro-Américains du XXe siècle impliqués dans la lutte contre les discriminations et la suprématie blanche.

Le concept connaît un tournant décisif en 2014 suite au meurtre de Michael Brown, jeune Afro-américain non armé tué par la police, générant "une vague de contestation dénonçant le racisme systémique des États-Unis". De cette période émergent des mouvements emblématiques comme Black Lives Matter (contre le racisme systémique) et #MeToo (contre les abus sexuels).

Le terme s'étend progressivement à d'autres thématiques : harcèlement sexuel, immigration, identité de genre. En français, le mot "wokisme" apparaît en 2015 mais ne se diffuse véritablement qu'à partir de 2021.

Initialement positif, le terme devient progressivement péjoratif, "d'abord repris par les mouvements d'extrême droite puis par une partie du monde politique". Il acquiert notamment une "teinte péjorative lorsqu'il a été repris par les militants de Donald Trump".

Les partisans du wokisme, souvent appelés "wokes", se définissent comme des défenseurs de la diversité et de la spécificité de l'être humain. Ils soutiennent que "tous les individus ne sont pas identiques mais tout le monde est égal".

Principales revendications des wokes 

  • Lutte contre le racisme systémique et les violences policières
  • Défense des droits LGBTQIA+ et des personnes non-binaires
  • Combat contre le sexisme et promotion de l'égalité hommes-femmes
  • Protection des minorités ethniques et religieuses
  • Promotion de l'écriture inclusive pour combattre l'inégalité linguistique

Les militants wokes dénoncent particulièrement les privilèges du "mâle blanc hétérosexuel" considéré comme responsable du patriarcat. Ils prônent l'intersectionnalité, principe selon lequel "les discriminations peuvent s'additionner".

Leurs principales méthodes d'action :

  • Réunions en non-mixité
  • Campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux
  • Réévaluation critique du passé historique
  • Promotion de politiques de diversité et d'inclusion (DEI)

Adversaires et critiques

Les adversaires du wokisme proviennent principalement des milieux conservateurs. Aux États-Unis, "la droite religieuse est aux avant-gardes du combat contre le wokisme". En France, le sociologue Mathieu Bock-Côté définit le wokisme comme "une gauche haineuse, sectaire, intolérante et fanatique".

Mais le wokisme fait également l’objet de critiques internationales. Les régimes autoritaires constituent des opposants particulièrement virulents. Vladimir Poutine présente le wokisme comme "une maladie infantile de la modernité" et affirme que la Russie affronte "l'Occident décadent et ses idées contre nature". Les dirigeants chinois prétendent vouloir épargner à leur population "les fléaux de l'homosexualité et de la théorie du genre".

Les reprochent des détracteurs reflètent la déferlante idéologique de droite en cours à l’échelle mondiale :

  • Cancel culture : dénonciation d'une rhétorique radicale basée sur l'annulation
  • Sectarisme idéologique : accusation d'intolérance et de fanatisme
  • Remise en cause de l'universalisme : opposition aux valeurs des Lumières
  • Contre-productivité : perpétuation supposée des inégalités sociales
  • Pour Frédéric Lordon, la généralisation du terme reflète un "stupéfiant triomphe des idéologues d'extrême droite à imposer leurs thématiques délirantes".

Donald Trump s'est érigé en "premier opposant à la culture woke". Depuis son retour à la Maison-Blanche, il "s'est lancé dans une croisade contre le wokisme", signant dès les premières heures de son mandat des décrets visant à "contraindre agences fédérales et entreprises privées à suspendre leurs programmes DEI".

Le terme acquiert sa connotation péjorative notamment par "les militants de Donald Trump, pour dénigrer le camp d'en face". Cette stratégie s'inscrit dans une bataille culturelle plus large où le wokisme devient un repoussoir électoral.

Paradoxalement, l'opposition trumpiste au wokisme se heurte à la résistance du monde économique. Une enquête révèle que pour 91% des dirigeants d'entreprises, la jurisprudence anti-discrimination positive "n'a eu aucun impact sur la priorité accordée aux programmes DEI". Mieux, 57% affirment avoir renforcé leurs efforts en matière de diversité.

L'analyste Thibault Muzergues identifie l'émergence d'un "wokisme de droite", "posture idéologique structurée et dogmatique qui puise sa source dans la mouvance réactionnaire et repose en grande partie sur une grille de lecture victimaire", constituant "un miroir presque parfait de son équivalent progressiste".

Le wokisme illustre les tensions contemporaines autour des questions d'égalité et de justice sociale. Né de revendications légitimes contre les discriminations, il cristallise aujourd'hui les oppositions politiques entre progressistes et conservateurs. Son évolution, de mouvement d'émancipation à terme polémique, révèle la complexité des débats identitaires et égalitaires dans nos sociétés occidentales.

 

 

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