Ateliers d'écriture. Histoire et actualité
16 août 2025/image%2F7030078%2F20250816%2Fob_9d1bb8_e-criture-160825.jpg)
Les prémisses des ateliers d'écriture peuvent remonter par exemple à Louise Michel, l’une des figures de la Commune, qui les a utilisés pour aider les Canaques auprès desquels elle était emprisonnée en Nouvelle-Calédonie, comme outil pédagogique pour défendre la liberté, la connaissance et la parole[].
Bien plus tard, Émilia Ferreiro, psycholinguiste argentine, soutient — dans une recherche sur les processus d’appropriation de la langue écrite par l’enfant et sa façon de concevoir le système d’écriture, menée au Mexique[]—, que « L’essentiel de l’activité de l’enfant face à l’écrit est d’ordre cognitif…» et que l'acquisition de l'écrit ne commence pas à l'école. Dans le même temps apparaissent des mouvements, eux aussi d'avant-garde, à l'école: Montessori, Freinet, ainsi que tous les travaux et pratiques d'instituteurs d'après-guerre confrontés à quelque chose de l'ordre de la reconstruction, des enfants, et savent, seuls dans leurs classes, développer parfois des pratiques de "génie". C'est l'héritage d'une certaine (école) "Communale", habitée de savoir-faire où devenir instituteur a été une élaboration à l'École Primaire supérieure puis à l'École Normale, qui dure de l'âge de 12 à 18 ans. Tout en même temps ces êtres s'ouvrent au monde, le resteront toute leur vie, et le transmettent aux autres.
Parmi ceux qui ont fait mouvement, Célestin Freinet a mis au point dès 1935 une technique de pédagogie active dite Pédagogie Freinet fondée sur la mobilisation des élèves avec, entre autres, l'écriture de textes libres[] à partir d'un thème. Les élèves lisaient leurs textes à haute voix et les meilleurs étaient imprimés puis échangés entre les écoles qui participaient au mouvement Freinet. Dans les premiers temps les élèves utilisaient une presse qui nécessitait une composition avec les caractères en plomb de l'imprimerie. Des poètes et chercheurs en pédagogie, particulièrement Antonin Perbosc et Jean Malrieu, relaient ces travaux dans leurs classes.
Vers la fin des années 1960[], une nouvelle impulsion est donnée aux ateliers d'écriture, menée par le Secteur Poésie-Écriture du Groupe français d'éducation nouvelle (GFEN) et la revue Encres Vives[. Les ateliers d'écriture du GFEN se sont immédiatement inscrits dans une problématique double : d'un côté, la construction du pouvoir d'écrire (lieu : le savoir, l'école, la formation) ; de l'autre, la création littéraire en général et poétique en particulier. Ces pratiques ont notamment été diffusées au moyen de la revue Cahiers de Poèmes. Le GFEN a créé une biennale des ateliers d'écriture. Ce mouvement et cette recherche sont encore féconds aujourd'hui. Certains animateurs des ateliers GFEN ont fondé, dans les années 1970-1980, des revues de création : Glyphes, Filigranes, Rivaginaires, Soleils et cendre.
En 1969, Élisabeth Bing commence à travailler avec des enfants en difficulté scolaire et psychique à Dieulefit dans la Drôme. Elle surmonte les problèmes en mettant au point un mode d'incitation à l'écriture pour les enfants.
L'Université d'Aix-en-Provence et Élisabeth Bing, ouvrent alors des ateliers pour des adultes concernés par le désir d'écrire, les deux sont reconnues en France comme initiatrices de cette démarche. L'atelier d'écriture tel que décrit par Élisabeth Bing se situe radicalement du côté de la création littéraire.
La thèse d'Isabelle Rossignol (1994) identifie trois points de friction[] :
- Statut de l'écriture : conception existentielle vs approche métier
- Rôle des contraintes : libération psychique vs structuration cognitive
- Finalité sociale : thérapie individuelle vs professionnalisation collective
Comme le notait déjà Claudette Oriol-Boyer en 1984, cette synthèse franco-française constitue "une troisième voie entre le modèle thérapeutique anglo-saxon et l'académisme patrimonial germanique »[. Elle témoigne d'une conception de l'écriture comme pratique sociale autant qu'artistique.
En 1975, Pierre Frenkiel et Roland Gohlke fondent à Paris le CICLOP[ (Centre Interculturel de Communication Langues et Orientation Pédagogique). Cette association propose au grand public et aux institutions des ateliers d'écriture centrés sur la personne et non sur le texte. Il s'agit en effet de proposer aux participants des groupes ayant comme objectif de changer positivement la relation à l'acte d'écrire. L'hypothèse des fondateurs est que cette relation peut être facilitée ou empêchée pour des raisons relationnelles. C'est donc en mettant en œuvre diverses techniques de mise en relation entre les personnes que l'on peut dépasser les difficultés initiales.
Anciennement réunies sous l’appellation European Network of Creative Writing Programmes (ENCWP [archive]), les principales structures européennes d'ateliers d'écriture se sont regroupées depuis 2010 sous le nouveau titre d’EACWP (European Association of Creative Writing Programmes)[.
Les universités ouvrent des ateliers et des enseignements sur l'écriture littéraire et la création, notamment l'Université de La Sorbonne-Nouvelle[] ou La Sorbonne[].