Lettres de noblesse I. L’imaginaire nobiliaire dans la littérature française du XIXe siècle

Dirigée par David Martens, professeur de littérature française à l’université de Louvain (KU Leuven), cette publication s’inscrit dans un sous-champ des études littéraires que l’on pourrait qualifier de sociocritique, probablement mieux représenté en Belgique et dans d’autres pays francophones qu’en France. Ce courant met l’accent sur l’inscription de la littérature dans son contexte historique politique et social plutôt que sur des interrogations strictement formalistes1. L’ouvrage collectif s’intéresse ainsi à un phénomène que David Martens expose clairement dans son introduction : la persistance de la noblesse au XIXe siècle en tant que référence culturelle cruciale, malgré son net affaiblissement à partir de la Révolution française2, et l’existence d’un véritable « imaginaire nobiliaire ». Cette notion s’appuie sur celle d’« imaginaire » définie à partir des travaux du philosophe Cornélius Castoriadis et du critique littéraire Bertrand Gervais3, et qui s’entend comme « [u]ne interface entre le sujet et le monde, […] un relais et une médiation symbolique [qui] se manifeste sous la forme de stratégies interprétatives, organisées en fonction d’un ensemble d’interprétants déjà établis et fondés, pour un sujet donné, sur ses expériences du monde et de ses manifestations, sur ses connaissances sociales, culturelles, littéraires, artistiques et scientifiques, ainsi que sur ses présupposés et préjugés4 » (p. 9). Tout l’objet de l’ouvrage est donc d’examiner, sous leurs différents aspects, les rapports entre l’imaginaire de la noblesse et la littérature du XIXe siècle : comment la littérature produit l’imaginaire, mais aussi comment elle s’en nourrit pour le reconfigurer à travers ses propres intérêts. Une part belle est donnée à l’hypothèse d’un « transfert qui s’opère, au seuil de la modernité, de la noblesse française aux Lettres » (p. 28) : l’examen attentif de l’imaginaire littéraire de la noblesse permettrait ainsi de percevoir la constitution d’une « nouvelle élite, celle de la plume, parmi celles qui s’instituent dans ce régime démocratique en gestation » (p. 14). En d’autres termes, l’affaiblissement de la noblesse serait concomitant du « sacre de l’écrivain », selon l’expression de Paul Bénichou5.

  • 6 Cérémonial d’Ancien Régime réservé aux membres de l’ancienne noblesse, qui consistait à être offici (...)

2Voir plus : https://journals.openedition.org/lectures/21317

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1 On songe notamment aux travaux de Jacques Dubois, longtemps professeur à l’université de Liège, comme par exemple Les romanciers du réel. De Balzac à Simenon, Paris, Points, 2000, ou encore Stendhal. Une sociologie romanesque, Paris, La Découverte, coll. « textes à l’appui / laboratoire des sciences sociales », 2007.

2 Dans la continuité de la thèse de la persistance de l’Ancien Régime, défendue par l’historien Arno Mayer dans La persistance de l'Ancien Régime. L'Europe de 1848 à la Grande Guerre, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1999 [1981].

3 On aurait pu d’ailleurs s’attendre à voir mobilisées aussi des références venant du champ de l’histoire ou des sciences sociales concernant cette notion d’imaginaire nobiliaire, notamment celle d’imaginaire politique, travaillée par exemple par l’historienne Sarah Maza dans Vies privées, affaires publiques. Les causes célèbres de la France prérévolutionnaire, Paris, Fayard, 1997 [1993], ou encore The Myth of the French Bourgeoisie. An Essay on the Social Imaginary, 1750-1850, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 2005.

4 « Imaginaire du labyrinthe. Entretien avec Bertrand Gervais, par Raphaël Baroni », Vox Poetica, 15 février 2009, en ligne : http://www.vox-poetica.org/entretiens/intGervais2009.html.

5 Paul Bénichou, Le Sacre de l’écrivain, 1750-1830. Essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne, in Romantismes français I, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2004 [1973].

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David Martens (dir.), Lettres de noblesse. Tome 1 : L'imaginaire nobiliaire dans la littérature française du XIXe siècle, Paris, Classiques Garnier, coll. « Carrefour des lettres modernes », 2016, 220 p., ISBN : 978-2-8124-5059-4.
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