Depuis des années, je souhaite tenir un journal, sans être à même de me résoudre à cette discipline. A quoi bon un journal pour quelqu’un qui a toujours écrit sur ce qu’il a vu ? Oui mais j’ai écrit, recomposé plus tard (avec du recul comme on dit) sans les vertus, les freins et les inconvénients de l'immédiat. Qu’est-ce que cette entreprise - tenir un journal - sinon un ancrage pour celui qui vit difficilement sans écrire, qui se sent vacant s’il ne satisfait pas à cette névrose : « En somme, hors de la plume, point de salut », dit Suevo.

21 août Souvenir. Réveillon de Noël 1971, passe chez Picasso à Notre Dame de Vie à Mougins. J’avais été frappé , à la fois, par la fragilité du vieil homme et sa vivacité . Ses yeux immenses montraient une curiosité presque enfantine. Ses mains inlassables touchaient les objets, les bouquets, et les rangent selon un ordre qui était le sien. Il plaisantait à propos des jolies femmes présentes comme mes oncles aimaient le faire dans les réunions de famille de mon enfance. (Il avait ce ton des gens simples ; et le vocabulaire). Il nous avait offert un exemplaire du Carnet de la Coruña, rassemblant des reproductions de dessins des années 1894-1895, dessins encore signés P. Ruiz. Sa femme veillait sur lui comme une me re, elle qui aurait pu e tre sa petite fille. Elle était tendre et touchante. 

Voir plus : https://theses.hal.science/tel-01178521/file/2014NICE2053_Annexes.pdf

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Louis Nucera, Journal, Cahier 2, 20 août - 17 septembre 1977, 48 feuillets manuscrits. Sans titre. Titre donné par nous. Ce titre se justifie dès lors que Louis Nucera a écrit, en incipit du manuscrit, p. 1 : « Depuis des années, je souhaite tenir un journal, sans être à même de me résoudre à cette discipline. » Archives Suzanne Nucera.

 

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