Par Gilles Heuré. Télérama, le 20 mars 2025.

Le livre de l’historienne Isabelle Matamoros éclaire tout un pan de l’histoire culturelle et sociale du début du XIXe siècle, au moment où les femmes pénètrent le monde de la culture de l’écrit.



Les plus connues s’appellent Marie d’Agoult, George Sand ou Louise Michel. Mais il y a aussi Èléonore Blanc, lingère, Clémentine de Como, institutrice, ou Laure d’Yvrande, « maîtresse de piano, ouvrière, prostituée ». Elles sont mariées, célibataires ou en concubinage. Elles font partie des soixante-quatre femmes dont les livres, les correspondances et les journaux intimes ont été étudiés par l’historienne Isabelle Matamoros afin d’explorer l’univers longtemps invisible des lectrices du début du XIXᵉ siècle. Sous le contrôle des médecins, moralistes, directeurs de conscience ou pédagogues qui s’inquiètent de ce nouveau lectorat susceptible de bousculer les codes sociaux et moraux, convaincus que les lectures doivent se répartir en fonction du sexe, filles et femmes sont prisonnières des préjugés. Considérées comme forcément émotives et physiologiquement trop fragiles pour être exposées à des ouvrages qui les mettraient en péril, elles ne doivent lire que ce qu’on leur destine, afin de parfaire leur éducation et de forger le discernement indispensable à leur rôle d’épouse et de mère.

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