Journal intime de Monseigneur Dupanloup. Extraits recueillis et publiés par L. Branchereau, 1902
30 mars 2025
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L'éditeur de ce Journal ne nous donne pas les raisons pour lesquelles il n'a publié que des extraits : « ce ne serait pas possible », assure-t-il (p. x). Le même parti pris de silence fait qu'il n'explique pas le mode de rédaction de ces mémoires intimes, dont on peut dire seulement qu'ils n'ont pas été écrits, au moins pour les premières années, absolument au jour le jour. Ce que M. B. a visiblement laissé de côté dans le manuscrit de Dupanloup, c'est tout, ou à peu près, ce qui concerne la vie politique du prélat : rien sur 1830, rien sur 1848, sur le rôle de Dupanloup dans la commission de l'enseignement et dans la préparation de la loi Falloux, rien sur ses voyages à Rome en 1850 et 1851, rien sur le coup d'État. Néanmoins, avec ses lacunes, le Journal illustre de façon fort vivante, jusqu'à 1876, la biographie de l'évêque d'Orléans : il s'y montre tel qu'il est, avec les ressauts, les élans et les chutes de son caractère ; mais c'est lui seul qu'il dépeint, lui seul détaché de son milieu. C'est ainsi qu'il n'y a pas un mot sur sa famille, sauf sur sa mère ; sur ses amis, sauf Montalembert. — Il commença son journal à la fin de l'adolescence ; aussi perçoit-on assez mal sa formation intellectuelle. On voit .qu'il aimait beaucoup Virgile 1 et Fénelon : « Je le lisais à travers le parc en cueillant des primevères » (p. 33). Il aimait aussi la nature 2 . C'était un tendre 3, « qui cherchait un attachement et craignait de le découvrir » (p. 35) ; la peur de la mort l'orienta définitivement, et malgré l'impatience de son caractère 4, vers la piété (p. 17). Mais le sens mystique, en lui, était peu développé : aucune vie intérieure ; il s'y entraîna en rédigeant pour son usage personnel des programmes de vie, des emplois du temps, des examens de conscience, et ce régime d'ascétisme moral et d'exercice spirituel, il l'observa jusqu'à la mort.
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1. Avec quelles précautions la pédagogie, en 1818, mettait Virgile entre les mains des éco¬ liers, c'est ce que montre ce passage du Journal, p. 18-19 : «Les vers de Virgile me plaisaient davantage [que la lecture de la Harpe]... Les Eglogues, Corydon avaient plus d'inconvé¬ nients... Attendrissement vague et assez dangereux, mais rien de grossier. »
2. Cf. p. 55, 69, 147, 164, 165, 185, etc.
3. [M. Borderies] «m'avait envoyé, dit-il quelque part, un très joli bréviaire ; cela me fit grand plaisir. Ces choses sont bien bonnes aux jeunes gens » (p. 39).
4. «J'ai une activité terrible qui ruine ma santé, trouble ma piété et ne sert point à ma science » (p. 43).
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Journal intime de Monseigneur Dupanloup. Extraits recueillis et publiés
par L. Branchereau. Paris, Téqui, 1902. In-i8,xi-3é8 p.