Par Apolline Strèque. Article de la revue Orages. Pages 117 à 130.

 

Dans une lettre à sa sœur Pauline de juillet 1812, Stendhal écrit : « Si je puis […], I will see again my dear Italy. It is my true country. Non pas que j’y aime excessivement tel ou tel objet ; mais ce pays est d’accord avec mon caractère [1]. » La « dear Italy » tient une place essentielle aussi bien dans l’œuvre de Stendhal que dans la constitution de son identité personnelle et auctoriale. L’Italie est le premier pays étranger dans lequel il se rend : elle permet, dès 1800, une initiation au voyage et à l’altérité du jeune Henri Beyle. Mais c’est aussi pour ce dernier le lieu fondateur d’une écriture de l’intime : l’incipit de la Vie de Henry Brulard indique, par une mise en scène particulièrement travaillée de la prise de conscience temporelle de soi au sein du décor urbain romain, que l’idée d’un projet autobiographique est liée à Rome même, notamment à son patrimoine et à son histoire, la rêverie sur l’histoire romaine ramenant l’autobiographe à l’idée de la fuite du temps personnel [2]. Le Journal, du moins tel qu’il nous est parvenu, prend, de même, sa source à Milan : la première entrée, datée du 28 germinal an IX (18 avril 1801), est rédigée dans cette ville liminaire de l’identité stendhalienne. Enfin, sa Correspondance, telle qu’elle a été conservée et éditée, débute avec le premier voyage italien : la distance l’incite à prendre la plume pour écrire, notamment à sa sœur Pauline, correspondante privilégiée de sa jeunesse, et pour s’écrire. 

  • 1
    Stendhal, Correspondance générale, t. II : 1810-1816, éd. Victor Del Litto, Paris, H. Champion, « Textes de Littérature moderne et contemporaine », lettre no 804, 1998, p. 337. Toute référence à la Correspondance générale renverra à cette édition notée CG.
  • 2
    Voir Stendhal, Vie de Henry Brulard, dans Œuvres intimes, t. II, éd. Victor Del Litto, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1982, p. 531. Toute référence aux Œuvres intimes renverra à cette édition notée OI.
  • Date de mise en ligne : 07/10/2024

    https://doi.org/10.3917/ora.018.0117
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