Les rêves d’Arthur Schnitzler. Histoire d’un journal posthume (1875-1931)1
23 févr. 2025Par Yvonne Wübben.
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Il est connu que les rêves jouent un rôle important dans l’oeuvre du médecin et écrivain Arthur Schnitzler, le texte le plus célèbre est la Traumnovelle (La Nouvelle des rêves ou La Nouvelle rêvée) paru pour la première fois de décembre 1925 à mars 1926 dans la revue Die Dame2. En jetant un regard analytique et sans ménagement sur la vie intime du couple, Schnitzler construit sa nouvelle autour d’un rêve érotique adultère raconté par Albertine à son époux Fridolin qui à son tour vit des aventures nocturnes l’exposant plusieurs fois au risque de l’infidélité. Dès sa parution, le texte rempli de scènes d’un érotisme au caractère parfois sadique a été lu comme une étude clinique d’inspiration freudienne, ce qui a valu à l’auteur d’être considéré commeun «chroniqueur des pathologies de l’amour3». Pour beaucoup de commentateurs, l’analogie avec la psychanalyse a semblé s’imposer d’emblée. Il est vrai que Schnitzler portait une attention particulière à ses propres rêves et les notait de façon méticuleuse : on trouve les premières traces dans son journal intime en 1875, soit lorsqu’il a treize ans, d’un travail de notation qui continue et qui s’intensifie jusqu’à l’année de sa mort en 19314.
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1. Je remercie Jacqueline Carroy et Andreas Mayer pour leurs remarques et suggestions. Le texte a été traduit par Andreas Mayer de l’allemand.
2. Le titre est difficile à traduire : la première traductrice qui fut aussi l’amie de l’auteur et, par son testament, traductrice attitrée et héritière de ses droits en langue française, Suzanne Clauser (ps. Dominique Auclères), avait opté pour Rien qu’un rêve (Paris, Calmann-Lévy, 1953). On a récemment adopté la traduction, plus littérale, La Nouvelle rêvée (trad. Philippe Forget, Paris, Livre de Poche, 1991) ; c’est la traduction à laquelle nous nous référons par la suite. Pour le texte allemand, voir Arthur Schnitzler, Traumnovelle, Frankfurt a. M., Fischer, 1999.
3. W.G. Sebald, « Das Schrecknis der Liebe. Zu Schnitzlers Traumnovelle », dans W.G. S., Die Beschreibung des Unglücks. Zur österreichischen Literatur von Stifter bis Handke, Frankfurt a. M., Fischer, 2003, p. 38-60, p. 40. Voir déjà Maurice Muret, « Une nouvelle “freudienne” de monsieur A. Schnitzler », Le Journal des Débats, n° 62, 4 mars 1927.
4. Ce journal intime de plus de 7000 pages manuscrites a été édité par l’Académie autrichienne des Sciences. Arthur Schnitzler, Tagebuch, éd. Peter Michael Braunwarth, Konstanze Fliedl, Susanne Pertlik et Reinhard Urbach, dir. Werner Welzig, Österreichische Akademie der Wissenschaften, Vienne, 10 t., 1987-2000. Les deux fragments de récits de rêves datant de 1875 se trouvent dans l’appendice du dernier tome (Tagebuch 1931, dir. Werner Welzig, Österreichische Akademie der Wissenschaften, Vienne, 2000, p. 619 et suiv.). En traduction française, il n’existe qu’une sélection très partielle rassemblant des entrées des années 1923-1926 (Arthur Schnitzler, Journal (1923-1926), trad. de l’allemand par Philippe Ivernel, Paris, Payot & Rivages, coll. « Bibliothèque Rivages », 2009).