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Si j'écris, ce n 'est pas pour faire une rédaction , c'est parce que j'en éprouve le besoin . Éléna

Les travaux de M.-C.Penloup (en particulier 1999 et 2000) ont récemment mis l'accent, en direction des enseignants, sur l'intérêt que représente, dans une perspective didactique, l'étude des pratiques extrascolaires d'écriture des élèves. Si ces dernières se révèlent particulièrement diversifiées, en particulier au collège, la pratique du journal personnel s'offre, dans ce champ, comme une entrée privilégiée. Or ce détour reste encore largement inexploité dans la réflexion didactique, alors même que les genres de l'écriture personnelle (auto¬ biographie, journal intime, correspondance etc.) ont depuis quelque temps trouvé leur place dans l'enseignement du français, en particulier au collège. Les réticences sont d'abord d'ordre institutionnel : elles ont pour origine l'ambiva¬ lence de l'École face à l'écriture autobiographique. En effet, comme j'ai tenté de le montrer (Chanfrault, 1997), conformément à une vieille tradition, dans l'ap¬ prentissage de la lecture et l'entrée dans la littérature, on exploite la dimension autobiographique des écrits d'auteurs, en s'appuyant, au plan de la motivation, sur des processus d'identification et de projection (1). Mais, simultanément, dans le cadre des dispositifs traditionnels d'apprentissage de l'écriture, on s'appuie sur une fiction d'autobiographie. L'exercice traditionnel de rédaction du type «Racontez un événement qui vous a marqué» induit certes le recours à la première personne, mais n'implique pas pour autant l'investissement autobio¬ graphique du sujet (2). C'est l'élève, invité à mettre en œuvre ses compétences rédactionnelles dans le cadre d'un exercice scolaire, qui est ici sollicité, et non le sujet psychosocioaffectif de l'écriture autobiographique comme telle (3). Et, dans la mesure où L'École maintient une frontière entre les sphères scolaire et intime (4), -à juste titre, me semble-t-il -, on comprend les réticences des enseignants.

Lire la suite : https://www.persee.fr/doc/reper_1157-1330_2001_num_23_1_2357

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(1) Et dans ce cadre, on va jusqu'à modifier le contrat de lecture, au plan générique, pour l'orienter vers l'autobiographie. Voir mon analyse du traitement pédagogique de l'épisode des «Rillettes » extrait du roman Le lys dans la vallée de Balzac, dans le manuel de J. Fournier et al., Le français en 5éme, collection Lagarde et Michard, Bordas, 1960 (Chanfrault, 1997).

(2) Ce que montre bien Nathalie Sarraute dans Enfance, à partir du dédoublement que lui permet la forme autobiographique dialoguée qu'elle a retenue (Chanfrault, 1997).

(3) Sur les ambiguïtés, voire les contradictions, que l'École instaure, dans le dispositif pédagogique traditionnel, entre l'élève, la lecture littéraire du texte autobiographique (ou posé comme tel) et l'apprentissage de l'écriture, voir Chanfrault (1997).

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