[article].   Année 1984  9  pp. 279-290. Fait partie d'un numéro thématique : Mélanges offerts au Professeur René Fromilhague.

A la fin des années 1920, alors que la grande crise ne faisait encore que menacer l'Europe, la carrière littéraire d'Eugène Dabit avait commencé sous d'heureux auspices : son premier ouvrage publié, L'Hôtel du Nord, obtenait plus qu'un succès d'estime et se voyait consacré, peu après, par le Prix du Roman Populiste (1). Dix ans plus tard, à la veille de la guerre, la publication de deux ouvrages posthumes, Le Mal de vivre et le Journal intime, ainsi que d'un Hommage rassemblant vingt textes d'écrivains amis, appelait une nouvelle fois sur Dabit l'attention des critiques alors que, depuis trois ans déjà, sa brève carrière avait été brutalement interrompue par la mort (2). Plus encore que le récit autobiographique du Mal de vivre, le Journal intime surprit critiques et lecteurs. L'un de ceux-ci devait, quelques années plus tard, évoquer ainsi l'impression produite en 1939 par ces posthumes : « On se souvient avec quel étonnement les proches d'Eugène Dabit accueillirent son « journal ». C'était comme si l'auteur, surgissant au milieu de son œuvre, révélait sa véritable face » (3). A nous qui, après un demi-siècle, n'avons pas seulement une vue globale de la carrière de Dabit et de son contexte historique, mais qui connaissons un peu mieux, notamment par sa correspondance, les divers aspects de sa personnalité, il ne paraît plus surprenant que l'auteur de L'Hôtel du Nord soit aussi celui du Journal intime. 

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