L’écrivaine a arpenté une Sérénissime méconnue grâce à une botaniste du XIXᵉ siècle, pour révéler l’archipel végétal au cœur de son nouveau livre.

Ryoko Sekiguchi arrive à notre rendez-vous avec un bouquet de mimosas. Sans doute parce que son nouveau livre, Venise, millefleurs, explore la place du végétal dans la cité lacustre ; mais aussi parce que c’est la saison, et que le jaune éclatant de ces fleurs forme, dit-elle, un « petit soleil d’hiver ». De livre en livre, l’écrivaine japonaise, née à Tokyo en 1970 et installée depuis presque trente ans en France, a bâti une œuvre – écrite en français – où les sens tiennent un rôle central. Ainsi, dans ce livre, où elle aborde Venise à rebours de son image muséale, en observant la circulation du vivant plutôt que ses monuments.

Par Amaury da Cunha, Le Monde, 31 janvier 2026.

 

Extrait

« Dès mon arrivée sur l’île, la figure des plantes avait fait son apparition avant même que je ne découvre l’herbier d’Ilaria. Peut-être entendais-je déjà la voix de la forêt marine qui soutient la ville. Au début de mon séjour, lorsque j’ai fait ce rêve prémonitoire dans lequel les murs « parlaient », qui sait si ce n’était pas le rêve de ces arbres qui me parvenait littéralement à travers les murs, sous forme de vibrations ? Au cours de cette année et demie, j’ai parcouru les places, visité les îles et humé le parfum des fleurs en pensant à Ilaria. Sans doute avions-nous toutes deux perçu le murmure du bois, essence même de Venise. Les lettres, que je pensais impossibles à transmettre, avaient dû traverser les murs pour atteindre les arbres souterrains et parvenir jusqu’à elle. »

Venise, millefleurs, pages 242-243

« Venise, millefleurs », de Ryoko Sekiguchi, P.O.L, 256 p., 20 €, numérique 15 €.

 

https://www.lemonde.fr/livres/article/2026/01/31/venise-millefleurs-de-ryoko-sekiguchi-ecrire-sur-la-cite-lacustre-un-ancien-herbier-pour-guide_6664846_3260.html

 

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