Une enquête ethnographique sur les « pratiques de l’écrit» chez les Tsiganes en France enseigne qu’il est nécessaire d’aller au-delà de l’opposition mécanique oral/écrit et de sa superposition à l’opposition Tsiganes / non-Tsiganes. Les deux modes d’expression s’opposent certes, mais avant même cela ils coexistent ; il arrive tout aussi bien qu’ils entrent en concurrence ou qu’ils se trouvent en complémentarité. Le rapport qu’ils entretiennent n’est pas univoque, il est même parfois d’une singulière subtilité. Pour le montrer, j’ai choisi de m’arrêter sur des situations où il n’est pas aisé de tracer la ligne de démarcation entre l’écrit et l’oral. On sait que les Tsiganes ont la réputation de faire des frontières un lieu de séjour privilégié.

Dans ces considérations, je prends « oral » et « écrit » dans leur sens premier. « Oral » : ce qui passe par la voix. « Écrit » : ce qui est inscrit sur un support – du papier, le plus fréquemment –, ce qui doit être lu. Mais en traitant de l’oral et de l’écrit, je prends en compte ce qui plus généralement s’attache à l’« oralité » et à l’« écriture ». C’est-à-dire, pour l’oralité : la présence physique, le lien au moment présent, la répétition qui vaut toujours plus ou moins modification, la variabilité et les ajustements individuels, etc. Pour l’écriture : le dessin d’un temps linéaire et l’établissement d’une référence hors du temps, la conservation, la possibilité de délégation, etc.

Extrait Des Tsiganes en Europe de Patrick Williams (Auteur), Michael Stewart (Auteur). Pages 63 à 81.

Voir plus : https://books.openedition.org/editionsmsh/3525#anchor-fulltext

 

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