Keene Valley

 

Adirondacks, N. Y.

 

16 septembre 1909

 
 

"... Tu serais extrêmement surprise de voir où j’ai atterri, à présent, dans ce pays aux possibilités vraiment sans limites. Je suis installé dans une grande cabane en bois, à pièce unique avec, devant moi, une imposante cheminée de briques brutes, devant laquelle sont entassées d’énormes bûches; aux murs des masses de vaisselle, de livres et autres objets. Le long de la cabane court une véranda couverte, d’où l’on ne voit rien que des arbres, hêtres, sapins, pins, thuyas; le tout est un spectacle un peu insolite, une pluie fine murmure doucement. Entre les arbres on aperçoit un paysage montagneux, tout couvert de forêts.

 

La cabane est à flanc de coteau; un peu plus bas, se dressent une dizaine de maisonnettes de bois ; dans les unes habitent les femmes, dans les autres, les hommes; ici est la cuisine, là le restaurant et au milieu paissent vaches et chevaux. Ici, en effet, deux familles P... et la famille X... se sont installées avec leur personnel. Si l’on suit le ruisseau qui coule non loin, au pied de la colline, on arrive à la forêt et l’on découvre très vite qu’il s’agit d’une véritable forêt vierge nordique. Le sol est formé d’énormes éboulis rocheux de l’époque glaciaire recouverts d’un épais et moelleux tapis de mousses et de fougères; un enchevêtrement de branchages et d’énormes troncs pourris précipités là dans le plus grand désordre et d'où surgissent à nouveau de jeunes pousses, le dissimule. Si l’on poursuit l’ascension par le sentier au sol moelleux, tout couvert de bois pourrissant, on atteint une zone de sous-bois très épais, entrelacs de ronces, de framboisiers et d’un étrange hybride des deux.

 

D’énormes arbres morts, dépouillés, surgissent par milliers des broussailles. Des milliers se sont effondrés, ont formé un enchevêtrement touffu, inextricable. On se glisse à travers de gigantesques troncs, on tombe, à travers le bois pourri, dans des trous profonds, on croise sur le chemin des empreintes de cerfs; des piverts, à coups de bec, ont creusé dans les arbres des trous gros comme une tête. Par endroits, un cyclone a arraché des centaines d’arbres géants ressemblant à des séquoias et qui dressent leurs racines vers le ciel. Là, un incendie a ravagé, il y a quelques années, un vaste secteur de forêt de plusieurs lieues.

 

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