Par Hélène Mélat
Études littéraires. Vol. 36, n° 1, 2004, p. 77-92.

Le pouvoir totalitaire entretient avec l’art des rapports étroits, et les tyrans ont été de tout temps attentifs à la production littéraire, à tel point que certains despotes, éclairés ou non, ont pris la plume pour incarner leur volonté de puissance dans les mots : le despote-dieu s’assimile à l’écrivain-démiurge. Les dirigeants soviétiques n’ont pas échappé à cette règle : Lénine a écrit plusieurs tomes sur l’art, Staline se piquait de s’y connaître en littérature et écrivait des vers, Brejnev a signé une trilogie.  La littérature et l’art en général sont pour le pouvoir des alliés efficaces, à condition, bien sûr, d’exercer sur eux un contrôle draconien.

La culture soviétique se caractérise par une interpénétration des champs littéraire et politique et est en cela l’héritière directe de la culture russe, tenue sous la surveillance constante et vigilante de la censure tsariste. La mise au pas de la culture oblige l’écrivain à évoluer en équilibriste sur un fil, portant en lui, selon la formule de Michel Heller un « co-auteur : l’État et son appareil idéologique», ce qui ne manque pas de laisser des traces profondes dans la poétique des textes.

Voir plus : https://www.academia.edu/5835410/Ilya_Ehrenbourg_ou_la_griserie_de_l_écriture_performative

 

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