Par Marie Gobin, Lire, février 2004

L'un n'écrit qu'à l'encre bleue, l'autre enfile de grosses chaussettes, un troisième récite son chapelet, un autre s'entoure de grigris... on ne se lance pas sans appréhension dans l'écriture. C'est pourquoi les auteurs mettent en place toutes sortes de rituels et de manies censés favoriser l'inspiration et la chance.
Tics et manies, obsessions et phobies, rituels et pensées magiques... L'écrivain est un homme comme les autres. A ceci près: il écrit. Sur papier ou sur ordinateur. Dans un lieu précis ou n'importe où. Le jour ou la nuit. Dans un capharnaüm sans nom ou dans un ordonnancement monacal. Rarement les deux ensemble, mon capitaine.
Comment démarrer? A chacun sa béquille psychique. Pour lutter contre l'angoisse de la page blanche, Colette n'écrivait que sur du papier bleu. La romancière Camille Laurens, elle, se jette à l'eau en écrivant toujours les deux dernières pages du livre. Mais comment continuer? Avec la mise en oeuvre d'un dispositif le plus souvent immuable bordant le temps de l'écriture. Et cela vaut s'il n'a pas l'apparence d'un rituel: l'absence de dispositif est le dispositif lui-même.
Parmi ceux - une minorité au sein des écrivains interrogés - qui réfutent cette idée de rituel: Régis Jauffret. L'auteur d'Univers, univers (Verticales) n'avoue aucune superstition - "ce dieu minable qui n'a jamais aidé personne" selon ses termes - et ne cède à aucun diktat: "Je n'ai besoin de rien par nécessité. Et le rituel suppose une vie bien réglée." Il poursuit de sa voix grave et mesurée: "C'est une vision romantique qui laisse penser que l'écriture est une activité ésotérique et non une activité humaine." Marie Darrieussecq est de cet avis. Si l'auteur de Truismes (P.O.L) a eu tôt dans sa vie d'écrivain quelques manies - écrire avec le même stylo, le matin et dans le silence - être passée sur le divan les a évacuées. "Mon analyse m'a permis de faire de l'écriture un métier. Non plus une conduite névrotique", dit-elle. Grâce à ce travail libérateur, elle peut envisager aujourd'hui, sans trouble, de prendre sa retraite d'écrivain, de cesser d'écrire: "Comme Faulkner le fit à cinquante-trois ans, toutes proportions gardées, naturellement."

Lire plus : https://www.feuillesderoute.net/pppp.htm#Les%20tics%20et%20les%20tocs%20des%20écrivains,%20par%20Marie%20Gobin,%20Lire,%20février%202004

Retour à l'accueil