Écritures. Atelier d'écriture à la Maison d'arrêt de Bar-le-Duc
07 janv. 2026/image%2F7030078%2F20260107%2Fob_f5032b_dscf0372.jpg)
J’ai passé deux jours en prison, à la maison d’arrêt de Bar-le-Duc. J’y étais déjà allé l’année dernière à la même époque pour un atelier d’écriture. J’ai tenu à renouveler l’expérience, car il me paraît important que l’évasion par l’écriture puisse être proposée à ceux qui sont privés de liberté. Et surtout, c’est, paradoxalement, un lieu de belles rencontres, comme le sont tous les endroits voués à l’oubli de nos sociétés : Ehpad, centres d’accueil, foyer d’handicapés, structures sociales…etc. Un jour on m’a demandé si ça m’intéresserait d’animer des ateliers d’écriture de prestige, type Gallimard : j’ai répondu en fanfaronnant que faire écrire des gens qui ont déjà un accès approfondi à la culture présente moins d’intérêt pour moi (c’est en partie faux car j’ai pris grand plaisir à animer l’atelier de haute volée que j’ai proposé à la médiathèque de Reims en automne dernier et qui s’adressait à des habitués de la chose écrite).
Pour en revenir à la maison d’arrêt de Bar-le-Duc, contrairement à l’année passée, l’organisation est plus restreinte, probablement par manque de moyens, et les conditions d’accueil des personnels extérieures se sont durcies, m’explique le directeur du service de probation (SPIP). Cela se traduira par l’interdiction d’utiliser mon appareil photo (pour photographier les textes afin de les recopier le soir) car aucun écrit ne doit sortir du cadre de la prison sans avoir reçu l’aval de l’administration. Je déposerai chaque soir le résultat de nos cogitations verbales dans le casier de courrier du SPIP.
Je n’ai pas été accompagné non plus par des bénévoles d’une association d’aide aux détenus qui gèrent la bibliothèques, comme l’année passée, ni par un agent de probation (l’an dernier, ils étaient deux dont une stagiaire). J’ai ainsi été livré à moi-même, libre d’errer dans la prison aux larges murs pluri-centenaires, enfin libre… Le plus dur était de repérer mon chemin, rien ne ressemble plus à une porte verrouillée qu’une autre porte verrouillée. Mais à chaque fois, comme par magie (celle des caméras), un surveillant venait m’ouvrir.
J’ai ainsi été enfermé dans une salle de cours au deuxième étage (celle réservée aux arts plastiques), avec six participants.
Et là, après la traditionnelle poignée de main que je tiens à donner à chacun, une autre magie, celle des rencontres improbables a opéré : pendant les deux jours, jamais je ne me suis senti plus en sécurité qu’ici…
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