Bagatelles pour LES ÉCRITS. Le grain de sel de Serge Bénard : aujourd'hui, Ruwen Ogien
26 janv. 2026/image%2F7030078%2F20260126%2Fob_e5c540_bagatelles-260126.jpg)
Je n’ai jamais compris pourquoi certains philosophes ne savent pas se passer d’un langage abscons. Je ne parle pas seulement des imposteurs dont notre époque regorge… Le premier livre de Ruwen Ogien que j’ai lu était L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale (L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale. Rowen Ogien, Grasset 2011). Je me suis vite retrouvé en concordance d’idées, sa philosophie morale venant satisfaire mon appétence pour le genre. Même quand il aborde des sujets plus ou moins ardus, Ogien sait les faire passer et comprendre grâce à la simplicité de ses démonstrations et à son sens pédagogique aigu, qualités enrichies par un humour pince-sans-rire.
De plus, ce philosophe trop tôt disparu aimait s’attaquer à des sujets répondant aux questions dites d’actualité. J’ai beaucoup regretté – et je regrette toujours – la perte de ce penseur qui m’apportait énormément. Seul bémol : malgré ses nombreuses références à John Rawls, qu’il appréciait hautement semble-t- il, je n’ai jamais « accroché » à ce philosophe américain et j’ai dû abandonner la lecture de Théorie de la justice, malgré la notoriété internationale de cet ouvrage et son attachement à « résoudre le problème de la justice distributive » (« Rawls rédige Théorie de la justice en 1971 pour ses étudiants, il y rassemble de nombreuses idées de plusieurs de ses articles antérieurs. Cependant l’ouvrage s’avère non seulement impo- sant mais difficile à lire, multipliant les concepts venus de diverses disciplines et auteurs…Traduit en 28 langues, le succès de Théorie de la justice est dû au fait que ce livre comble les lacunes des théories libérales en matière de justice sociale, ouvre des possibilités et renouvelle les pensées libertariennes, communautariennes, féministes, écologistes et marxistes. » « John Rawls, un philosophe chez les économistes », par Rima Hawi, 20 septembre 2019, https://laviede- sidees.fr/John-Rawls-un-philosophe-chez-les-economistes.html.).
« Ruwen Ogien s’est intéressé à des sujets éthiques aussi divers qu’embarrassants : défendre l’homoparentalité, l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes, l’euthanasie, le clonage thérapeutique, la consommation de can- nabis ; dénoncer les médecins qui participent à la castration chimique des récidivistes sexuels ; critiquer les entraves mises au regroupement familial… » Frédéric Joignot, Le Monde, 6 mai 2017.
« Ruwen Ogien défendait un minimalisme moral, considérant que ce qu’on peut légi- timement interdire, c’est qu’on nuise aux autres, et que, pour le reste, il fallait laisser les individus mener leur vie comme ils l’entendent. L’éthique n’avait de sens, selon lui, qu’en étant limitée. » Marlène Jouan, dans La vie des idées le 5 octobre 2018, https://laviedesidees.fr/La-morale-et-ses-limites.html.