« Qu’est-ce que la foi ? C’est de croire fermement ce que l’on ne comprend pas », affirmait Madame du Deffand dans l’une de ses lettres (Madame du Deffand, Lettres (1742-1780), Mercure de France 2018, page 116).

Dans son livre dieu n’est pas Grand (minuscule à dieu et majuscule à grand), Christophers Hitchens, célèbre polémiste, explique avec talent et humour « Comment la religion empoisonne tout ». Son affirmation : « Ce qui peut être affirmé sans preuves peut être rejeté sans preuves » est maintenant connue sous le nom de « rasoir d’Hitchens ». Autrement dit, la charge de la preuve revient à celui ou celle qui affirme la véracité d’une chose ou d’un fait, par exemple, l’existence de Dieu. L’absence de démonstration exonère ses adversaires d’une réponse argumentée, ce qui me paraît hautement équitable.

Voici une trentaine d’années, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt les trois gros volumes complexes d’Histoire des croyances et des pensées religieuses (Mircéa Eliade. Histoire des croyances et des idées religieuses, tome 1: De l’âge de pierre aux mystères d’Éleusys (Payot 2016), tome 2 : De Gautama Bouddha au triomphe du christianisme (Payot 2016), tome 3 De Mahomet à l’âge des réformes (Payot 2016)), puis le Traité d’histoire des religions de Mircéa Eliade (4 Mircéa Eliade. Traité d’histoire des religions Payot 2004, avant d’entreprendre celle des trois gros volumes de son Journal (Fragments d'un Journal, tome I : 1945-1969 - tome II : 1970-1978 - tome III : 1979-1985. Gallimard) - lecture particulièrement vivante et attachante, comme celle de ses romans, d’ailleurs. Je peux dire que les religions ont toujours occupé et nourri ma réflexion. J’en tire le bilan qu’il n’y en a pas une pour racheter l’autre ! Avec beaucoup de sophistication, toutes mettent l’humain sous dépendance d’une manière ou d’une autre. On se moque facilement aujourd'hui de l’affirmation de Karl Marx, selon laquelle la religion est « l’opium du peuple» (Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel, Karl Marx. 1843.). Pourtant, cela reste vrai. J’ajouterai que la diversification de ces drogues augmente encore leur capacité à phagocyter la pensée. Elles cannibalisent littéralement l’ensemble des fonctions psychiques et mettent sous tutelle le libre arbitre de ceux qui acceptent de leur prêter allégeance. La presse écrite, parlée, télévisée et maintenant digitale leur apportent volontairement – ou innocemment ? ce que je ne pense pas – un sérieux coup de main. Certes, cette nuisance est le plus souvent consentie, voire recherchée. Il n’empêche.

 

« Et qu’est-ce qu’une religion, sinon la contraction et la cimentation d’une mystique dans l’unanimité des âmes faibles ? » Élie Faure, Montaigne et ses premiers-nés, Shakespeare, Cervantès, Pascal. Livre de Poche, p. 54.

« Imaginez, avec John Lennon, un monde sans religion... Pas de bombes suicides, pas de 11 Septembre, pas de Croisades, pas de chasses aux sorcières, pas de Conspiration des poudres, pas de partition de l’Inde, pas de guerres israélo-palestiniennes, pas de massacres de musulmans serbo-croates, pas de persécutions de juifs, pas de « troubles » en Irlande du Nord, pas de « crimes d’honneur », pas de télévangélistes au brushing avantageux et au costume tape-à-l’œil. Imaginez, pas de Talibans pour dynamiter les statues anciennes, pas de décapitations publiques des blasphémateurs, pas de femmes flagellées pour avoir montré une infime parcelle de peau... » Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu. Robert Laffont 2008.

« Je ne peux pas imaginer un Dieu qui récompense et punit l’objet de sa création. Je ne peux pas me figurer un Dieu qui réglerait sa volonté sur l’expérience de la mienne. Je ne veux pas et je ne peux pas concevoir un être qui survivrait à la mort de son corps. Si de pareilles idées se développent en un esprit, je le juge faible, craintif et stupide- ment égoïste. » Albert Einstein, Comment je vois le monde, Champs–Flammarion 1979, p.10.

 

« Voici un Dieu, infiniment parfait, infiniment bon, un Dieu qui n’ignore ni le passé, ni le présent, ni l’avenir, il savait donc qu’Ève pècherait ; alors de deux choses l’une : ou il n’est pas bon puisqu’il l’a soumise à cette épreuve, en connaissant qu’elle n’était pas de force à la subir ; ou bien alors, il n’était pas certain de sa défaite ; auquel cas, il n’est pas omniscient, il n’est pas parfait. » Joris-Karl Huysmans, En route, t.2, 1895, p.175.

 

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