Depuis quelques années, le patriarcat est ouvertement sujet à contestation. On le prie même de s’effacer au profit d’une égalité des sexes dans la vie conjugale. Car dans ce type d’organisation sociale l’autorité domestique et l’autorité politique reviennent aux hommes considérés comme chefs de famille. J’imagine que ce système social dominé par l’autorité masculine est aussi vieux que l’humanité elle-même, ou à peu près, bien qu’on connaisse l’existence (limitée) de certaines sociétés matriarcales. En effet, selon certaines sources, il n’est pas exclu que le patriarcat ait été précédé dans l’histoire des sociétés humaines par une phase de matriarcat. D’après ce que je sais, des spécialistes en discutent encore.

Cette forme de violence physique et psychologique normalisée correspond sans doute (mais je ne suis ni historien ni scientifique) aux différences morphologiques entre hommes et femmes (ce qui ne la justifie pas pour autant). Comme on ne refait pas l’histoire, je note simplement que plus près de nous cette oppression des femmes s’est manifestée dans les différentes religions marquées par l’empreinte du patriarcat (juive, catholique, orthodoxe, musulmane, bouddhiste, taoïste, hindouiste, confucéenne entre autres).

Son existence est donc indéniable sachant que la femme dans ce cadre voyait son activité limitée aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants. Elle servait en outre d’exutoire au plaisir masculin. Ce statut n’a guère évolué, du moins juridiquement et socialement. Pourtant je préfère doubler le terme patriarcat du mot « machiste », qui prône la supériorité du mâle ce qui est sensiblement différent. Je suis opposé au patriarcat, bien sûr, mais surtout au machisme dont nous sommes loin d’être débarrassés (pas plus que du patriarcat, mais…) !

Cela dit, je ne suis pas responsable de cette situation. Sans aller néanmoins jusqu’à prétendre que j’en suis victime. J’ai donc eu toute ma vie des comportements de patriarche, même si je m’en défendais ou pensais simplement le contraire. Les hommes de ma génération, comme ceux qui les avaient précédés ont été élevés selon les canons en vigueur où « la femme doit obéissance à son mari » comme l’assénait Le Code civil des Français, appelé usuellement Code civil ou Code Napoléon (promulgué le 21 mars 1804). Globalement conservateur voire réactionnaire, comme Napoléon, ce code afflige les femmes d’un statut discriminatoire. Autrement dit, les relations entre les sexes sont régiés de façon inégalitaire. En fait, ce code légitimait des siècles de servitude féminine en institutionnalisant juridiquement l’infériorité de la femme (voir ci-dessous). Progressiste, j’ai essayé de limiter cette influence patriarcale en soutenant le féminisme et en essayant que mon épouse souffre le moins possible de ce statut. Hélas, du fait de la complexité du sujet, je pense ne pas y être parvenu et m’être aussi mal comporté que tous les hommes ainsi conditionnés.

Dans La Femme gelée, Annie Ernaux érigée en procureure générale instruit efficacement le procès du patriarcat en développant avec éloquence un brillant réquisitoire, preuves à l’appui ( La Femme gelée, Gallimard, 1981).

Pour illustrer

« Napoléon, les femmes et le Code civil », Conférence du 10 novembre 2011 par Anne Guillou, Professeur émérite de sociologie à l’Université de Bretagne Occidentale.

« Le Code Napoléon affirme l’incapacité juridique totale de la femme mariée qui passe de la tutelle de ses parents à celle de son mari. Interdiction d’accès aux universités et lycées. Le mariage est soumis au consentement du père : Pour le fils, jusqu’à 25 ans. Pour la fille, toujours. Obligation de suivre son époux à son domicile. Les époux se doivent fidélité, mais pas au même degré. La femme adultère est passible d’un emprisonnement de 3 mois à 2 ans. L’homme adultère est passible d’une simple amende, et seulement s’il amène sa concubine au domicile conjugal. Le divorce n’est autorisé que dans les cas suivants : adultère, condamnation à une peine infamante, sévices et injure grave. Interdiction de signer un contrat, de gérer les biens communs. La femme ne peut disposer de ses biens personnels, ni les gérer sans l’autorisation de son époux, même en cas de séparation de corps. Exclusion totale des droits politiques. La femme ne peut accomplir aucun acte juridique. Interdiction de travailler sans l’autorisation de son mari. Interdiction de toucher elle-même son salaire. Contrôle du mari sur sa correspondance et ses relations. Interdiction de voyager à l’étranger sans autorisation. Les filles mères et les enfants naturels n’ont aucun droit. 

 

Retour à l'accueil