Bagatelle pour LES ÉCRITS. Le grain de sel de Serge Bénard : aujourd'hui le western
20 janv. 2026/image%2F7030078%2F20260120%2Fob_71bf1f_bagatelle-190126.jpg)
Le délire permanent du sheriff de la Maison Blanche me rappelle opportunément que les États-Unis symbolisent parfaitement le western. On a tendance à considérer d’abord ce genre comme du cinéma, ce que ma femme adore encore. C’est certainement par le biais de celui-ci qu’il est devenu populaire, grâce à de grands classiques, mais surtout avec les séries B. Il existe pourtant une production littéraire antérieure, dédiée à ce genre d’aventures. Les précurseurs du XIXe siècle furent, aux États-Unis, James Fenimore Cooper (Le Dernier des Mohicans que j’ai lu étant enfant), en Allemagne, Karl Friedrich May (Old Shatterhand et L’Apache Winnetou) et en France Gustave Aimard (Trappeurs de l’Arkansas et Bandits de l’Arizona).
Dans les deux cas (romans et films) il s’agit de mettre en valeur la conquête de l’Ouest. Véritable mythe fondateur de la civilisation américaine, le western, avec sa rue principale, voire unique, son saloon et sa tenancière éventuelle entourée d’entraîneuses, sa boutique du barbier et sa banque à dévaliser, le feu de camp et le café fumant dans la bouilloire après un orage épouvantable, le choix méticuleux des chevaux, l’as de la gâchette – qui manie au choix le Colt Peacemaker, la Winchester 73 ou la Henry Repeating Riffle –, restitue la vie et les aventures des pionniers dans les grands espaces et en des endroits où la loi est absente, le tout au rythme des convois de diligences et des chemins de fer naissants.
Le génocide des autochtones indiens y est rarement évoqué comme tel, mais justifié plutôt comme une lutte entre le Bien, représenté par les colons européens, et le Mal, symbolisé par les Amérindiens, premiers et seuls habitants de l’Amérique avant la colonisation européenne.
Le western raconte – ou exalte – la civilisation des pionniers blancs américains. L’actualité étasunienne nous apprend que, non seulement cette époque n’est pas révolue, mais qu’elle se maintient et dicte même actuellement sa loi. Les suprémacistes blancs qui soutiennent Trump sont des racistes nostalgiques du temps où l’Amérique était dominée par les cow-boys et où les comptes se réglaient à coups de pistolets, carabines et fusils. Les fusillades récurrentes actuelles et les nombreuses manifestations néo nazies perpétuent cette ambiance.
« Et le choc est grand lorsqu’en regardant Gary Cooper éliminer les Indiens, alors que vous êtes de son côté, vous comprenez que les Indiens, c’est vous. » « Le rêve américain et le Noir américain », Retour dans l’œil du cyclone, James Baldwin, Christian Bourgois, 2015.