« La mouche est la plus belle conquête du papier collant (Le Triporteur, René Fallet, Gallimard 1972). Ce fut sans doute vrai jadis, mais aujourd’hui, je ne suis pas certain que ce type de piège peu ragoûtant se vende encore. À la campagne, en été, quand la météo le permet, nous aimons déjeuner à l’abri des parasols. Notre jeune petit-fils se récrie alors à propos de ces insectes qui bourdonnent autour de son assiette, de son visage, de ses bras ou de ses jambes. Il passe son temps à les chasser de la main, quand ce n’est pas avec sa fourchette ou son couteau. Il nous est arrivé de terminer notre repas, lui et moi, dans la cuisine, pour freiner ses récriminations et fuir ces assauts vrombissants. Cela ne servait pourtant à rien, car les portes ouvertes permettaient à ces insectes dont la taille varie du demi-millimètre jusqu’à huit centimètres – pas chez nous, à ma connaissance – de retrouver aussitôt le chemin de nos assiettes.

Notre petit-fils ne se doute pas que les plus anciens fossiles de mouches connus remontent à 240 millions d’années, ni que l’ordre des diptères auquel appartiennent les mouches ne compte pas moins de 150 000 espèces. Si certaines mouches, comme la mouche Tsé-Tsé, peuvent s’avérer dangereuses pour l’homme, la mouche domestique, la plus fréquente chez nous, ne pique pas, contrairement à une idée répandue, mais sa présence sur la peau peut toutefois s’avérer irritante. En France, le nombre d’espèces est relativement limité. Les plus communes sont la mouche domestique, la petite mouche domestique, la mouche charbonneuse – inquiétante, car elle ressemble aux mouches domestiques, mais elle est hématophage –, la mouche bleue, la mouche d’automne et la mouche à damier.

Généralement, les humains détestent les mouches, car elles sont coprophages et, de ce fait, vivent en partie sur des excréments ou du fumier avec les risques sanitaires potentiels qu’elles véhiculent. Sans compter qu’elles polluent de leurs chiures les murs intérieurs des maisons. Personnellement, je n’ai jamais apprécié ces bestioles trop souvent associées à la mort, du fait qu’elles permettent aux médecins légistes de fixer l’heure d’une mort, mais j’ai appris au fil du temps que la gêne qu’elles peuvent provoquer chez l’humain se trouve compensée par une activité pollinisatrice chez certaines espèces de plantes. Par ailleurs, les mouches et leurs larves nourrissent éventuellement les poissons. N’appelle-t-on pas « mouche » l’appât utilisé par le pêcheur sur son hameçon ? Et pour sa part, La Fontaine nous a amusés et mis en garde morale avec Le coche et la mouche où ...

certaines gens, faisant les empressés,
            S'introduisent dans les affaires :
            Ils font partout les nécessaires,
Et, partout importuns, devraient être chassés.

Notre belle langue compte beaucoup d'expressions basées sur cet insecte. En voici quelques exemples : ​​​Prendre la mouche : se fâcher brusquement, se vexer pour peu de chose. Tomber comme des mouches : mourir ou disparaître en grand nombre.​ Faire mouche : atteindre exactement sa cible (au tir ou, figuré, dans un propos particulièrement juste). Gober les mouches : être inattentif, rester la bouche ouverte à rêvasser ; parfois aussi, croire un peu n’importe quoi. Tuer les mouches à quinze pas / Mouches à quinze pas (tuer les) : avoir une haleine très désagréable.​ Quelle mouche te/ vous pique ? : qu’est‑ce qui te prend, pourquoi es‑tu si énervé(e) ou de mauvaise humeur ?

 

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