L’alphabet runique, ou futhark, est un système d’écriture des langues proto‑germaniques et germaniques anciennes, surtout en Scandinavie et dans les mondes anglo‑saxon et frison. Il a cessé d’être un alphabet d’usage courant au Moyen Âge, mais reste aujourd’hui très présent dans la culture savante, néopaïenne, ésotérique et populaire (fantasy, jeux, tatouages, etc.).​

L’alphabet runique (futhark ou fuþark) tire son nom des six premières lettres : ᚠ ᚢ ᚦ ᚨ ᚱ ᚲ, correspondant aux sons /f u þ a r k/.​ Le plus ancien état, le futhark ancien (Elder Futhark), compte 24 signes répartis en trois séries de huit runes, chacune représentant en principe un phonème du proto‑germanique.​ Les formes graphiques, faites de traits droits, sont adaptées à la gravure sur bois, os, métal ou pierre (pierres runiques, bijoux, armes, outils, amulettes).

Le futhark ancien est attesté du début de notre ère jusqu’environ 700, sur une vaste zone allant de la Scandinavie à la Germanie et jusqu’aux Balkans.​ À partir de la fin du VIIIᵉ siècle, il évolue en futhark récent scandinave à 16 runes, tandis que les Anglo‑Saxons et Frisons l’allongent en futhorc anglo‑saxon, plus riche en signes pour leurs besoins phonétiques.​ 

L’usage courant des runes recule progressivement avec la diffusion de l’alphabet latin chrétien, mais certaines régions rurales scandinaves en conservent des formes tardives jusqu’aux temps modernes.​

Comme système d’écriture principal, l’alphabet runique est supplanté par le latin entre le haut et le bas Moyen Âge, sous l’effet de la christianisation et de l’intégration aux cultures scribales européennes.​ Des usages résiduels subsistent toutefois très tard, par exemple dans l’aire scandinave et dans des dialectes comme l’elfdalien, où des runes sont attestées jusqu’au XIXᵉ–début XXᵉ siècle.​ La lecture même du futhark ancien a été perdue, puis redécryptée au XIXᵉ siècle par les runologues (par exemple Sophus Bugge pour l’Elder Futhark).​

Depuis le XVIIIᵉ siècle, les runes sont réinvesties par le romantisme nordique, le nationalisme scandinave, puis par divers courants occultistes et néopaïens germaniques.​ Au XXIᵉ siècle, elles apparaissent dans :

  • les spiritualités néopaïennes, wiccanes, ésotériques (tirages de runes, « astrologie runique », talismans) ;​
  • la littérature et la culture populaire (fantasy, jeux vidéo, univers « vikings ») ;​
  • des usages ludiques ou identitaires (géocaching, tatouages, logos, décorations pseudo‑vikings).​

En linguistique historique et en runologie, les runes restent un objet majeur de recherche sur les langues germaniques anciennes et la diffusion des systèmes d’écriture en Europe.​

 

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